De l'école d'accordéon au conservatoire Massenet : portrait de Bernard Albaynac

Une rue-brique musicale de Camille Favier.

Camille Favier, étudiante en musicologie à l'Université Jean-Monnet de Saint-Étienne, a mené une recherche sur l'histoire musicale du quartier Saint-Roch dans le cadre de son master I. Ce portrait de Bernard Albaynac, acteur de la vie musicale stéphanoise, a été écrit à partir d'un entretien réalisé en 2013 par les archives municipales, dans le cadre de l'exposition Saint-Étienne, fabrique à musique(s).

 

Bernard Albaynac se définit comme "retraité de nombreux métiers de la musique". Sa formation musicale a démarré à l'école d'accordéon de son père, et s'est poursuivie au conservatoire Massenet, par l'étude du piano, de la clarinette et du solfège. Il débute sa carrière professionnelle comme enseignant de la musique dans les écoles primaires, puis dans les collèges et lycées. Il se produit en parallèle dans un orchestre pendant 12 ans : "Les samedis et les dimanches, je prenais la route pour aller faire danser les Stéphanois et les Ligériens". En 1965, l'orchestre gagne la coupe de France de l'ORTF, ce qui lui ouvre les portes d'émissions de télévision et de radio, lui assurant "une belle couverture médiatique qui permit à l'orchestre de bien marcher!". En 1976, au décès de son père, il quitte provisoirement l'orchestre pour s'occuper du magasin de musique fondé par ses parents en 1960, rue Durafour.

C'est en 1985 qu'il crée une classe d'accordéon au conservatoire Massenet. Il est par la suite nommé professeur coordonnateur des actions culturelles de l'établissement. À la fin des années 1990, il vend le magasin familial et devient directeur adjoint du conservatoire Massenet. Enfin, suite aux lois de décentralisation des enseignements artistiques, il entre au Conseil général de la Loire pour mettre en place le schéma départemental des enseignements musicaux. Il finit sa carrière en tant que directeur de la musique.

Bernard Albaynac doit sa passion de la musique et sa carrière musicale à son père : "Mon père, rendu aveugle suite à un accident de jeunesse, a fait ses études à Paris, à l'Institut des jeunes aveugles, où il a appris le piano, l'orgue, l'accordage de piano et le reboutage". À son retour, son père tenant un dancing à Saint-Priest-en-Jarez lui dit : "Tu as appris la musique, il faut que ça serve à quelque chose, alors tous les week-ends il y a bal, et bien tu vas faire danser". C'est ainsi qu'il achète son premier accordéon et  rejoint la Société des accordéonistes, dont le local était situé à l'arrière d'un bar de la Place du Peuple. Il enseigne aux plus jeunes et donne naissance aux Benjamins de l'accordéon. Il a aussi été directeur de l'Orchestre d'accordéon de Saint-Étienne, installé 47 rue Durafour, à l'angle de la rue des Francs-Maçons. Suite à des problèmes de sécurité et d'isolation phonique, l'école déménage dans une usine de la rue des Francs-Maçons. Dans les années 1990, le succès est tel (près de 250 élèves) que l'école doit quitter Saint-Roch. Elle s'installe dans le quartier des Ursules, 9 rue Grenette, et devient l'École de musique du Centre-ville. Aujourd'hui, elle dénombre plus de 230 élèves et permet les cours d'une trentaine d'instruments de musique.

Saint-Étienne a connu une importante vague de jazz, notamment grâce aux Frères Lemaire et Georges Perrin, dit "Le Paf", saxophoniste. Ces trois musiciens ont fondé un orchestre de jazz qui avait beaucoup de succès. Le Hot club, rue de la Mulatière, était un endroit emblématique où se produisaient les musiciens de jazz. Désormais, c'est l'association Gaga Jazz qui s'est installée au Café Jules à l'Opéra qui a pris la suite, avec Ludovic Murat, professeur au conservatoire Massenet.

Pour conclure, Bernard Albaynac nous apporte son point de vue sur la vie musicale à Saint-Étienne : "Saint-Étienne est une fabrique à musique, à talents". La ville a connu plusieurs périodes musicales, de l'opéra au jazz en passant par la musique de chambre, les chorales et l'accordéon. Grâce au conservatoire Massenet, aux magasins de musique, ainsi qu'aux différents bars et lieux de rassemblement, le quartier Saint-Roch conserve aujourd'hui encore une pratique musicale importante. Ce patrimoine reste gravé dans l'esprit des Stéphanois qui perpétuent la tradition en créant de nouvelles associations et écoles de musique pour satisfaire les mélomanes.