Deuxième étape : L’enquête de terrain de février à mars
L’immeuble Loubet
Nous avons eu accès au chantier de l’immeuble Loubet, l’ancien bâtiment de la CAF, emblématique du quartier, dans lequel nous avons pu réaliser des entretiens sonores et des portraits photographiques des ouvriers qui ne sont jamais invités à l’inauguration des bâtiments qu’ils rénovent ou construisent. Au début du chantier, ils ont retrouvé dans l’immeuble abandonné, un tract de 1973 de la CFDT appelant à soutenir la grève des travailleurs tunisiens de l’église Saint-Ennemond rue Beaubrun. Nous avons pu évoquer ces luttes passées et les mettre en perspective avec celles d’aujourd’hui. Nous avons également photographié l’installation des salarié·es d’Habitat et Métropole, nouvelles et nouveaux arrivant·es du quartier et qui occuperont la plus grande partie de l’immeuble.
Tarentaize 2
Entouré par les rues Polignais, Tarentaize et Jo Gouttebarge, le triangle du chantier « Tarentaize 2 » concerne en grande partie la rénovation des logements du bailleur Habitat et Métropole. Nous avons eu accès à cet autre chantier pour poursuivre le travail avec les ouvriers. Nous avons pu faire un entretien avec le chef de projet du chantier et avec des habitantes, membres d’un collectif de locataires.
Portraits d’intérieurs
Nous souhaitons mettre en avant les visages et les voix de celles et ceux qui habitent le quartier, les faire exister dans des archives qui les invisibilisent. Pour cela nous réalisons des portraits d’habitant·es dans l’intimité des intérieurs. Pour prendre rendez-vous, il faut nécessairement expliquer la démarche et obtenir l’adhésion des personnes au projet. Le portrait est construit avec les habitant·es qui acceptent notre présence.
Entretiens sonores
L’enquête de terrain nous permet d’aller à la rencontre des habitant.es du quartier, c’est un moment important pour confronter les archives aux récits des personnes. Ces voix rassemblés forment un récit choral et créent une forme collective autour des enjeux de transformation dans le quartier.
Nous avons pu aussi interroger les ouvriers et travailleur.ses des chantiers en cours.
C’est aussi une occasion essentielle de collecter des voix ancrées dans le présent, ces entretiens seront ensuite déposés à la cinémathèque est deviendront des archives à leur tour.
Séverine
Enfin, nous avons décidé d’étendre notre zone géographique à Séverine lorsque nous avons vu dans les Archives Municipales les documents relatifs au plan de relogement décidé par la municipalité lors de l’« Opération Tarentaize » des années 1970. Construite en 1975, les 133 logements de la Cité Séverine étaient censés accueillir les habitant·es des quartiers détruits de Tarentaize mais peu feront le choix de s’y installer. Enclavée à l'écart de tous services et commerces, Séverine ne correspondait pas aux besoins des habitant·es de Tarentaize et c’est une autre population qui s’y installera. En 2009 elle est totalement détruite.
Aujourd’hui il ne reste plus rien de cette histoire dans le paysage. En 2011, l’actuelle caserne des pompiers est inaugurée et remplace la cité. Nous y avons réalisé des captations photographiques et sonores du paysage actuel : la caserne dans une grande prairie verte, le souffle du vent, les chants d’un coq et des oiseaux parfois interrompus par l’ouverture du portail automatique et le grondement d’un camion partant en intervention.
Paysages sonores
La captation de paysages sonores est un travail au long cours, cela permet de dessiner les ambiances qui composent une ville, ici les quartiers Tarentaize et Beaubrun mais aussi le quartier disparu de Séverine. Une place n’a pas le même visage quand elle est en travaux ou quand les travaux sont finis et que les enfants peuvent à nouveau venir y jouer. C’est encore plus flagrant quand il s’agît d’un lieu qui n’existe plus.
Propos recueillis de Clémence Culic et Benoît Gomez-Kaine