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Les Polonais dans le bassin stéphanois (1918-1948)

Carte d'identité de R. Paul

Conférence donnée par Jean-Michel Steiner, docteur en histoire, chercheur associé à l'IERP de l'université Jean-Monnet, le 18 novembre 2008 aux Archives municipales

Pendant tout le XIX° siècle et jusqu'aux lendemains de la Seconde guerre mondiale, la France a été le seul pays d'Europe à recevoir des immigrés. Parmi ceux-ci les Polonais ne constituent pas un gros contingent avant 1914 et il s'agit principalement de réfugiés. La situation change après la Première guerre mondiale. Commence alors à arriver un flux massif et constant de travailleurs acheminés vers les centres industriels et notamment vers le bassin minier stéphanois.

Étudier l'installation d'une population étrangère dans un espace donné conduit à s'interroger sur les conditions de son déplacement, sur la place qui lui est faite et celle qu'elle se fait. Se posent ainsi les questions de son intégration, de ses contacts et de ses échanges avec la population autochtone et, au final, celle de son assimilation.

Cette étude propose d'abord de dresser un état statistique de l'immigration polonaise dans la période et l'espace considérés, afin de donner un aperçu de la démographie et de la sociologie de cette population. Ensuite, elle porte sur les caractéristiques de l'implantation polonaise dans le bassin, ses conditions de logement et son mode de vie. Elle s'achève par une présentation du parcours de trois Polonais dans la région au moment de la Seconde guerre mondiale.

Les informations sur lesquelles reposent cette conférence proviennent pour l'essentiel de recherches universitaires :

  • la thèse de Monique Luirard, La région stéphanoise dans la guerre et dans la paix (1936-1951), 1980, CEF-CIER.SR, Saint-Etienne, 1980, 1024 p.,
  • la maîtrise d'Agnès Jablonski, Les immigrés polonais à Saint-Etienne dans l'entre-deux-guerres et leurs descendants : une assimilation réussie ? mémoire de maîtrise sous la direction de Brigitte Carrier-Reynaud, université de Saint-Etienne, 2002. 116 p.,
  • les travaux réalisés par l'équipe du Cd-Rom Résistance et déportation de l'université Jean-Monnet (dans le cadre d'un programme d'études de la Résistance intérieure à l'échelle des départements lancé par l'AERI, ce travail de recherches et de collectes de témoignages a été mené pendant près de 10 ans par une équipe de l'IERP conduite par Jacqueline Bayon et Michel Depeyre, en collaboration avec le Mémorial de la Résistance et de la Déportation de la Loire. Aujourd'hui achevé, il sera prochainement publié).

Quelques documents m'ont été aimablement confiés par Madame Szajdek et Monsieur Zarch.

Afin de préciser et illustrer les propos de la première partie, j'ai procédé à des sondages dans les recensements que conservent les Archives municipales de Saint-Étienne.

Les Polonais dans le bassin stéphanois

Démographie et sociologie.

Motivations et organisation de la migration polonaise

La migration des Polonais découle tour à tour d'origines politiques et/ou économiques.

La Pologne a connu une histoire mouvementée. Sujette à de profondes divisions internes depuis le XVII° siècle, objet de la convoitise de ses trois voisins : la Prusse à l'ouest, l'Autriche au sud et la Russie à l'est, elle finit par disparaître complètement de la carte de l'Europe après trois partages successifs (1772, 1793 et 1795) : "En Pologne, c'est-à-dire nulle part" écrit A. Jarry dans sa pièce Ubu roi. Si l'Etat polonais n'existe plus, les Polonais sont toujours là qui ne se résignent pas à leur sort de peuple dominé et se révoltent à plusieurs reprises (1830, 1848 et 1862). Ainsi partent au XIX° siècle les premiers ressortissants. S'ils sont souvent issus de l'élite, la politique antisémite du régime russe tsariste pousse aussi à l'exil une population juive souvent très pauvre. La France, avec laquelle la Pologne semble avoir un lien privilégié, est avec les Etats-Unis, une destination recherchée.

La Première guerre mondiale entraîne un grand bouleversement qui permet la reconstitution de la Pologne. Le 10 novembre 1918, après la révolution de Varsovie et conformément aux engagements des alliés occidentaux (14 points du président Wilson de janvier 1918) un Etat polonais est créé, décision confirmée par le traité de Versailles. Mais le jeune Etat peine à se stabiliser et trouve difficilement un accord pérenne avec ses voisins pour la délimitation de ses frontières. C'est chose faite en juillet 1920 avec la Tchécoslovaquie (question de Teschen), en mars 1921 avec la Russie soviétique (traité de Riga) et en octobre 1921 avec l'Allemagne (question de la Haute Silésie).

Cette instabilité peut expliquer les flux de départ qui s'amplifient alors mais ils ont aussi des causes économiques. Le jeune Etat a une démographie galopante et une économie encore peu développée, trop de bras à mettre au travail et de bouches à nourrir ! Or, au même moment, la France est à reconstruire et a besoin d'hommes ! Sa démographie était déjà languissante avant la guerre, or 10 % des agriculteurs, 9 % des ouvriers sont morts.

L'originalité de cette migration, qui la différencie entre autre de celle des Italiens ou des Espagnols, vient de ce qu'elle prend un aspect organisé par des conventions d'Etat.

Le 3 septembre 1919, est signée à Varsovie une convention en discussion depuis février. Elle est complétée par un second texte le 14 octobre 1920. Immédiatement est créée la Mission française pour le recrutement de la main d'oeuvre en Pologne qui est chargée de prospecter, d'organiser l'examen médical et professionnel des candidats au départ, d'assurer le transport jusqu'en France.

À partir de 1920, le Comité Central des Houillères de France (CCHF) ainsi que la Société des Agriculteurs de France envoient leurs propres agents. En 1924 est créée la Société Générale d'Immigration qui se substitue à tout ce qui existait mais dans laquelle le CCHF est majoritaire ! Il s'agit d'une société privée qui travaille pour faire des profits. Le transport des migrants a donc un prix (jusqu'en juillet 1926, le transport jusqu'au Havre ou jusqu'à Toul d'un adulte coûte 385 F. Après cette date, 445 F.). La mission installe un premier camp de rassemblement à Poznan, puis un autre à Myslowice, au coeur du bassin houiller de Haute Silésie.

Côté français, un bureau d'immigration polonaise est ouvert à Toul en décembre 1919. Le premier convoi arrive le 20. La plupart du temps, les nouveaux arrivants demeurent là environ une semaine dans des conditions de logement déplorables. De là les Polonais sont envoyés dans les centres industriels dont la région stéphanoise.

Ainsi s'organise un courant nouveau d'immigration en France qui prend une place tout à fait importante dans la période de l'entre-deux-guerres. Que représente-t-il numériquement ? Comment se situe-t-il par rapport aux autres courants, particulièrement à Saint-Etienne ? Que peut-on dire de sa répartition dans l'espace de l'agglomération ?

Les Polonais parmi les étrangers dans le bassin stéphanois (1920-1945)

Pendant et après la guerre de 1914, la population étrangère dans l'arrondissement augmente régulièrement jusqu'à atteindre 32 267 individus en 1931. La crise entraîne ensuite des départs puis à partir de 1936 le nombre des étrangers installés remonte : en 1936, ils sont 25 968 ; en 1938, 27 445 et 29 710 en 1939. Pour la seule ville de Saint-Etienne on relève des fluctuations analogues quoique plus atténuées (7 926 en 1921 ; 12 618 en 1926 ; 6 880 en 1928 ; 12 256 en 1931 ; 12 209 en 1936). Sans surprise, on constate que Saint-Etienne et sa région (l'arrondissement) attirent la plus grosse part des étrangers venus dans la Loire. En 1936, 83,50 % des étrangers (25 968 individus) vivent dans le bassin ; en 1939, les 29 710 individus qu'elle accueille font monter la proportion à 86,50 % (cf. ADL, cote M 548). Si l'on examine la situation à l'échelle des communes, il faut remarquer une différence sensible entre la ville centre et les petites cités ouvrières de la première couronne : en 1936 les étrangers forment 6,35 % de la population stéphanoise, mais représentent 25 % de la population de Roche-la-Molière, 15 % de celle de La Talaudière, 14 % de celle de Saint-Genest-Lerpt et de La Ricamarie.

Vers 1927, à la veille de la crise, les Méditerranéens sont de loin les plus nombreux, au moins 20 000 (10 430 Italiens, 6 905 Espagnols, 4 678 Marocains, un petit contingent de Grecs) et le nombre des Polonais se monte à 4 151. En 1936, ils viennent en tête. A peu près insignifiant avant la guerre de 1914, leur nombre s'est accru considérablement entre 1920 et la crise (une tendance nationale puisque, selon Janine Ponty utilisant le bulletin du ministère du Travail, 14 651 Polonais entrent en France en 1920, 54 673 en 1923, 9 981 en 1927, 1 036 en 1935). Beaucoup se sont dispersés à travers la France en 1933-1934 puis reviennent se faire embaucher dans les mines entre 1936 et 1938 (cf. Zerguine (M.) La population minière immigrée à Saint-Elienne de 1920 à 1940, p. 21. En 1936, 28 % des étrangers réembauchés sont Polonais. Aucun ne vient de Pologne). La Drôle de guerre puis la Débacle et l'exode de populations venues du nord et de l'est provoquent en 1939 et 1940 une forte progression de leurs effectifs. Au cours de la guerre les Houillères tentent de se les attacher par tous les moyens. En 1943, ils sont 9 039 dans la région stéphanoise. La Libération entraîne des retours vers la Pologne ou vers les régions dans lesquelles ils s'étaient primitivement installés. Ils sont encore 7 372 au moment du recensement de 1946.

Mais ces fluctuations sont aussi dépendantes du mouvement des naturalisations qui mériterait d'être étudié de près. La loi de 1927 a beaucoup facilité la procédure, faisant bouger les rapports statistiques entre les nationalités. Il semble que le mouvement de naturalisations ait été plus large chez les Italiens que chez les Polonais. Puis le Gouvernement de Vichy est revenu ensuite sur les cas qu'il considérait comme "douteux."

D'où viennent les Polonais installés dans le bassin stéphanois ? À partir de listes constituées par la Préfecture en avril 1943 sur lesquelles figurent les lieux de naissance des individus recensés, Monique Luirard a essayé de cerner l'origine géographique des immigrés polonais et fait quelques hypothèses sur les modalités de leur migration vers la France.

Si l'on envisage tout d'abord le cas des immigrés nés en Pologne, on constate que 53,5 % sont nés en Haute Silésie (85 % d'entre eux viennent de la région de Cracovie, 15 % de celle de Czestochowa notamment des localités proches de Bytom : Grodziec, Sosnowiec et surtout de Dabrowa). La Pologne centrale vient en second (25 % du total dont 7,5 % de Varsovie même, 7,75 % dans un rayon de 50 km, 10,25 % de Lodz et sa banlieue). 6,5 % sont nés en Basse Silésie surtout autour de Wroclaw. 13,2 % environ viennent de Poznan et des villes proches de Lipnica et Krostosyn. De petits contingents sont originaires des abords de la Baltique (3,25 %), de la région de Lublin (3,75 %), des confins de l'Ukraine (1,25 %).

Mais la migration des Polonais s'est aussi faite par étapes : 2,75 % des immigrés sont nés en Europe centrale (Autriche, Hongrie, Yougoslavie et Ukraine ou pays baltes), 29,44 % en Allemagne, certains aux Etats-Unis (0,59 %) ou en Italie (0,39 %). Le dernier groupe d'importance provient de France : 17,10 % de Lorraine ou des villes du bassin du Nord et du Pas-de-Calais, 3,35 % des bassins miniers du Massif Central, 2,17 % à Paris, un tiers dans la région stéphanoise. Les lieux de naissance successifs des membres des familles polonaises que l'on retrouve sur les listes nominatives de recensement montrent que les adultes sont nés en Pologne ou en Russie. L'émigration a concerné soit des familles déjà constituées partant avec des enfants en bas âge nés en Pologne, soit des couples dont les enfants sont nés au gré d'une installation en Saxe, en Poméranie ou dans la Ruhr et dont la famille s'est aggrandie au cours de leur séjour en France.

Pour la plupart, les étrangers travaillaient dans le secteur industriel, toutefois les activités professionnelles divergeaient selon les nationalités d'origine !

En 1939, environ un millier d'étrangers étaient employés dans le bâtiment où Grecs, Polonais, Tchèques, Espagnols côtoyaient une forte majorité d'Italiens. 5 % environ (Italiens, Espagnols et Polonais) travaillaient dans les verreries (vallée du Gier, sud du Forez). Quant au textile, il ne recrutait que quelques Espagnoles, Arméniennes ou Italiennes embauchées comme devideuses, canneteuses et bonnetières. Finalement c'était la métallurgie et les charbonnages qui absorbaient neuf étrangers sur dix. La totalité des Marocains, Albanais, Bulgares et Allemands, et la quasi totalité des Polonais, des Yougoslaves et des Grecs. Au moment du Front Populaire, un mineur sur quatre est né hors de France (1930 : 31,5 %, 1934 : 26,3 % de la main-d'¿uvre des mines sont étrangers). En 1939, le personnel étranger représente 38 % de l'effectif des Mines de la Loire, 32 % de celui des mines du Cros, 30 % aux Houillères de Saint-Etienne, environ ¼ sur les sites de Montrambert et de Roche-la-Molière.

Toutes les nationalités se retrouvaient à la mine. Mais à l'exception des Polonais, tous les groupes comptaient moins de mineurs en 1939 qu'avant la crise (les Polonais déjà très nombreux en 1927 ont à peu près maintenu leurs effectifs et en 1939 ils constituent le plus fort contingent d'étrangers avec 2 364 mineurs. Les immigrés d'outre-mer ne sont plus que 1 600 alors que les Marocains étaient 2 332 en 1927. On ne compte que 760 Italiens contre 1 436 en 1927 et 690 en 1934 et 582 Ibériques alors que les Espagnols étaient plus de 1 000 en 1927. Enfin il faut ajouter 500 ouvriers d'origine diverse dont une quinzaine de Sarrois et quelques Belges et Luxembourgeois). L'invasion du nord de la France entraîna la venue dans les mines de la région stéphanoise de nombreux réfugiés. En novembre 1941, les compagnies du bassin comptaient 6 743 étrangers. Le 1er janvier 1942, 43,92 % des mineurs étaient étrangers, les Polonais formant 41,84 % de ce total (ils sont suivis par les Espagnols 17,76 %, par les Marocains 15,33 % et les Italiens 10 %). Il est vrai que ceux-ci avaient souvent effectué un apprentissage dans les mines de Silésie ou dans les bassins allemands et français dans lesquels ils avaient préalablement séjourné.

Les caractéristiques démographiques de la population polonaise

Comme dans la plupart des situations d'immigration de travailleurs, le sexe ratio est nettement en faveur des hommes. Selon les chiffres que donne A. Jablonski (pages 30 et 31), il s'établirait à 1,82 en 1921, 1,68 en 1931 et 1,48 en 1934. On constate donc une baisse qui peut s'expliquer par la venue de femmes.

Les mariages mixtes semblent dans un premier temps rares : de l'ordre de 3 à 10 % maximum. Dans l'entre-deux-guerres, A. Jablonski calcule que 24 mariages sur 96 étaient de ce type, ce qui éleverait la statistique à 25 % ! L'auteur fait état des obstacles culturels qui existaient pour que de telles unions puissent se réaliser.

On sait que la France avait avant la guerre la plus faible fécondité d'Europe. C'est même une donnée qui explique l'appel à l'immigration auquel notre pays est seul à recourir à ce moment-là. En moyenne les ménages de Français ont moins de deux enfants. Agnès Jablonski a évalué, à partir des registres de recensements, le nombre moyen d'enfants par couple "comptant au moins un Polonais". Elle parvient aux chiffres suivants, qui donnent une idée approximative de la fécondité propre des Polonaises : 2,9 en 1921, 2,5 en 1926, 2,1 en 1931. Des chiffres qui semblent montrer un progressif alignement de la fécondité des Polonaises sur celle des Françaises. Il est significatif de constater une nette différence de situation selon les quartiers : pour la cité du Soleil, où les Polonais représentent une écrasante majorité, A. Jablonski parvient aux chiffres suivants : 2,5 en 1926, 2,3 en 1931 et 2,4 en 1936. Donc des chiffres plus élevés et qui ne semblent pas tendre à diminuer ! Pour le canton sud-est, dans lequel les Polonais sont peu nombreux et très mélangés aux Français, elle évalue la moyenne à 1,6 enfant par couple en 1931.

La majorité de la population polonaise vit dans le canton nord-est : 61 % en 1921, 50,4 % en 1931. La part du canton nord-ouest passe de 6,1 % en 1921 à 23,3 % en 1931, celle du canton sud-ouest de 27,7 % en 1921 à 20,3 % en 1931. Le canton sud-est est constamment demeuré celui qui comptait la plus faible part : 5,2 % en 1921 et 6 % en 1931. Ces contrastes cachent les différences de type de "familles". Au nord-est et au sud-ouest se trouvent les célibataires, logés dans les "casernes" des entreprises. Au sud-est, les Polonais vivent dispersés au sein de la population française, on y trouve la plupart des couples mixtes et les professions non-industrielles.

En 1931, 59 % des Polonais vivent dans des cités, spécialement construites pour les ouvriers étrangers, surtout célibataires. Elles appartiennent soit aux Houillères, soit aux sociétés sidérurgiques. On en trouve 3 dans le canton nord-est : au 71 rue du Soleil, dite "cité des Polonais", dans laquelle vivent 386 Polonais pour un total de 389, le 33 rue Desjoyaux, la cité Saint-Eloi des usines Barrouin (159 Polonais sur 402 personnes).

La cité du Soleil, composée de 3 bâtiments, comportait 68 appartements d'une pièces, 31 appartements de 2 pièces. Ce sont des appartements meublés sommairement : "un grand placard, une grande armoire, une table, des chaises, des lits". Eau et toilettes se trouvaient sur le palier (certaines personnes présentes lors de la conférence ont démenti cette affirmation et fait état d'appartements dans lesquels vivaient leurs parents qui offraient eau et toilettes à l'intérieur). Les familles avaient la possibilité de louer un jardin ouvrier. Les célibataires étaient plus mal lotis. Cité du Soleil, ils avaient droit à un dortoir : "sous les toits, des lits comme au régiment : un petit lit, un placard ; un petit lit, un placard ; un petit lit, un placard. Au sous-sol une cantine qui faisait des repas pour ceux qui voulaient manger". (cité par A. Jablonski, p 57). Pas d'espace privé donc pour les hommes seuls... qui avaient tendance à traîner dans les cafés. Ou qui recherchaient pension dans une famille : solution plus onéreuse mais qui préservait un peu d'intimité.

Le canton nord-ouest comptait 2 cités : celle de la Chana et celle du Bois Monzil, toutes deux appartenant aux Mines de la Loire. Il s'en trouvait 3 dans le canton sud-ouest : celle de la Garenne (123 Polonais sur un total de 246, les autres occupants étant Algériens, Marocains et Italiens) ; celle de Montferré et celle de Saint-Benoît. C'est à La Ricamarie et à Roche-la-Molière que se situaient les plus importantes de ces cités : là les Polonais étaient nettement plus isolés : "La cité est située de telle façon que ses habitants n'ont pas besoin d'en sortir. La mine, l'école, le commerce : tout est concentré" (A. Jablonski. p 58).

Culture et mode de vie

Dans un rapport du 16 septembre 1925, le commissaire spécial Nonon présentait au Préfet la situation numérique des étrangers résidant dans le département de la Loire.

Il écrivait à propos des Italiens et des Espagnols : ne constituent pas de noyaux menant à proprement parler une vie autonome avec leurs moeurs ou leurs coutumes particulières ont aisément adopté la manière de vivre de la population française, partageant leurs diverses occupations, se mêlant à elle dans toutes les circonstances de la vie. Il effectuait explicitement un "tri" entre les étrangers assimilés - Belges, Italiens et Espagnols - et les non assimilables : ceux de la race noire, Marocains, Kabyles... logés en commun dans des baraquements malsains qui deviennent rapidement des taudis infects. D'une crédulité enfantine, sans aucune instruction, souvent même sans état civil, déguenillés pour la plupart, ils vivent dans une promiscuité dégradante.

Les Polonais pour leur part semblent tenir dans sa "typologie" une place intermédiaire : nationalistes, catholiques pratiquants pour la plupart, ils forment une véritable colonie qui tend à vivre en dehors de la population française.

La place de la religion

Les Polonais étaient des catholiques qui arrivaient dans la France catholique... et laïque, c'est-à-dire dans un pays où la religion n'avait pas la même place, n'était pas pratiquée de la même manière. Les manifestations d'extériorisation de la pratique étaient manifestes : goût pour les pélérinages et les processions, accompagnées de chants religieux et patriotiques. En pénétrant dans un intérieur polonais on se trouvait en présence d'images pieuses, crucifix, Vierges (la vierge noire de Czestochowa), peu fréquentes dans les cuisines des ménages ouvriers français... Il est vrai que la religion catholique avait acquis une dimension nationale égale à la pratique de la langue en permettant la résistance culturelle au temps des partages face aux Allemands protestants et aux Russes orthodoxes. L'accompagnement religieux était assuré par des prêtres venus de Pologne dans le cadre de la mission catholique polonaise installée à Paris. L'organisme gestionnaire de cet "encadrement" s'appelait la "protection Polonaise."

Le 3 mai, fête de Marie reine de Pologne, les Polonais défilaient dans les rues de Saint-Étienne. La communauté formula très vite une demande d'encadrement religieux. Jean-Charles Bonnet signale de nombreuses pétitions adressées aux Houillères pour des offices en langue polonaise (Bonnet Jean-Charles, "La vie religieuse des catholques polonais du bassin stéphanois dans l'entre-deux-guerres", Bulletin du Centre d'Histoire régionale, université de Saint-Etienne, 1977, n°1, pp 15 à 39). Dès 1926, les Aciéries, qui avaient fait appel à la main-d'oeuvre polonaise, interviennent dans la mise en place de la "paroisse polonaise". En 1930, la "protection Polonaise" sollicita le directeur des Aciéries où travaillaient environ 400 polonais pour l'organisation d'une "mission Polonaise", c'est-à-dire l'accueil et la prise en charge financière d'un prêtre polonais pour les quartiers du Soleil et du Marais. Le Comité des forges coordonna l'opération : une somme annuelle de 10 francs par ouvrier polonais employé était demandée aux entreprises situées sur ce territoire. Un aumonier, l'abbé Wahrol, s'installa le 1er octobre 1931 dans un logement fourni par la compagnie, rue Scheurer-Kestner. Il recevait une allocation mensuelle de 1000 francs, ce qui le faisait apparaître plus ou moins comme un simple salarié des entreprises, en particulier de la plus importante au Marais, les Aciéries. En 1939, quand il s'en va, on le couvre d'éloges comme "apôtre de la paix sociale."

Toute une panoplie d'oeuvres et d'activités diverses, caractéristique d'une paroisse, se développa touchant un nombre grandissant d'enfants, de jeunes et d'adultes. Le patronage des enfants connut en particulier un succès certain : les enfants étrangers - italiens, espagnols, portugais, polonais - s'y côtoyaient. Ainsi devint-il un des vecteurs de l'intégration des générations nées en France.

Un encadrement scolaire spécifique

La question scolaire était d'une importance cruciale. Un pays qui venait de vivre plus d'un siècle de "trou noir" ne pouvait se permettre de laisser les enfants de ses émigrés, susceptibles de revenir un jour dans la mère patrie, perdre leurs liens culturels avec celle-ci. Elle fut au centre d'une conférence franco-polonaise réunie du 25 mars au 17 avril 1924. La délégation polonaise sollicita l'autorisation de dispenser des cours en langue polonaise aux jeunes enfants. Les autorités françaises refusèrent (on était en pleine période du Cartel des Gauches).

Le Comité Central des Houillères de France décida de financer les cinq écoles privées polonaises qui existèrent dans le bassin stéphanois. Celle de Saint-Etienne, située dans le quartier du Soleil, sur le territoire des Houillères de la Loire, recevait 70 élèves confiés à une monitrice. A la Ricamarie, 33 élèves fréquentaient l'école des Mines de Montrambert et de la Béraudière, avec une monitrice. La compagnie des Mines de Roche-la-Molière et Firminy comptaient trois écoles qui avec trois monitrices recevaient au total 125 élèves.

Le programme comportait un enseignement dispensé le matin en langue polonaise, l'après-midi en français. Les institutrices -monitrices- étaient nommées, sous le couvert du Gouvernement, par une commission mixte composéee d'une part, par des représentants des Compagnies des Houillères du Nord, du Pas-de-Calais, du Centre et du Midi, de l'autre, par le Consul de Pologne à Paris et le comité d'Ambassade. Elles étaient rétribuées par les Mines.

Toutefois, selon A. Jablonski, la fréquentation de l'école communale par les petits Polonais se développa peu à peu : ils étaient 99 en 1926 et 298 en 1931 (AMSE, cote 1 R 76).

De l'encadrement religieux à l'encadrement culturel et social

Le commissaire Nonon remarquait que les Polonais étaient affiliés à un certain nombre d'associations - syndicales, gymniques, artistiques qui constituent autant de noyaux inassimilés. Il faut dire que l'article 11 de la convention franco-polonaise d'octobre 1920 légalisait la création d'associations spécifiquement polonaises. Les immigrés en profitèrent pleinement pour créer dans le bassin houiller un tissu associatif dont le but principal était de maintenir le sentiment national et patriotique dans la commnauté.

La Fédération des travailleurs polonais en France, dont le siége régional était à Montrambert, comprenait pour la Loire cinq sections et 456 membres : 134 à Saint-Étienne, 48 à la Ricamarie, 100 au Chambon-Feugerolles, 174 à Roche-la-Molière (79 au Petit-Moulin et 95 à Beaulieu). À la fois syndicat et mutuelle, ce groupement avait pour but la défense des intérêts corporatifs et le secours aux accidentés et malades. Il n'était affilié à aucune organisation française.

Cinq Sociétés de gymnastique - dites "Sokols" - rassemblaient au total 150 membres : 15 à Saint-Étienne, 40 au Chambon-Feugerolles, 45 à Firminy, 50 à Roche-la-Molière (20 au Petit-Moulin et 30 à Beaulieu). Toutes étaient affiliées à l'Union des sociétés de gymnastique polonaises en France, dont le siège était à Lens (Pas-de-Calais). Un journal, le "Sôkol Polski", dont le siège est à Paris, 7 rue Corneille, paraissait deux fois par mois.

On comptait six Sociétés artistiques polonaises : la Société Sainte-Barbe du Chambon et de La Ricamarie (50 membres) ; la Société Sainte-Barbe de Roche-la-Molière (22 membres au Petit-Moulin) ; un groupe artistique au Soleil à Saint-Etienne (12 membres) ; la Société du Théâtre de Roche-la-Molière (Beaulieu, avec 26 membres) ; la Société de musique de Roche-la-Molière (12 membres à Beau!ieu) enfin un groupe musical était en formation au Chambon.

Toutes ces sociétés prêtaient leur concours aux fêtes, réjouissances polonaises de caractère catholique et nationaliste. Dans les années 1930, les associations polonaises se sont développées puisqu'on comptait : une Union régionale des sociétés polonaises catholiques de la Loire ; la Société polonaise catholique de Sainte-Barbe ; la Ligue catholique polonaise ; la Chorale polonaise catholique Moniusko ; l'Association libre des étudiants de la Bible ; l'Association des femmes polonaises pour le service social en France.

Toutes ces associations démontrent la vitalité d'une communauté polonaise fière de ses origines, qui conservait ses traditions et aimait les faire vivre. Une attitude qui loin de la couper du pays d'accueil a sans doute aidé les Polonais à s'intégrer plus facilement. Il faut dire que les événements ont aussi eu leur part dans ce mouvement historique vers l'assimilation.

Etrangers donc suspects ?

Dès ses premiers jours, la Seconde guerre mondiale a replongé la Pologne dans la nuit de l'oppression. Or l'attitude des gouvernements de la France dans les années qui précédèrent la déclaration et durant l'occupation n'a pas été sans créer des désillusions.

C'est d'abord la crainte des menaces hitlériennes qui, après Munich (octobre 1938), conduit à un certain abandon des promesses : que l'on se rappelle le fameux article Faut-il mourir pour Dantzig ? publié par Marcel Déat dans L'Oeuvre le 4 mai 1939 ! C'est ensuite l'inaction des Français et de leurs alliés britanniques qui laissèrent la Wehrmacht écraser l'armée polonaise en septembre 1939 sans même tenter une opération de diversion sur le "front" ouest. Avec la défaite, vinrent les lois de Vichy contre les travailleurs étrangers, qui valurent aux Polonais d'être intégrés dans les Groupements de Travailleurs Étrangers, puis dans l'organisation Todt. N'oublions pas les lois de persécution de Vichy, le statut des Juifs (beaucoup de Juifs stéphanois étaient d'origine polonaise), la déportation, la vie cachée des enfants menacés (comme Charles Fiterman).

Nombreux sont les Polonais qui ont participé à la lutte contre le nazisme. Dans leur pays bien sûr mais aussi en France. Les trois itinéraires qui suivent en sont de vivantes illustrations.

Kazimierz Szajdek : de Rzeszow à Saint-Etienne (1905-1941)

Kazimierz Szajdek est né le 4 mars 1905 à Rzeszów, ville située dans le sud-est de la Pologne (160 km à l'est de Cracovie). Fils de Eufrozyna et Józef Szajdek, il avait deux frères - Antoni et Léonard - et une soeur : Zofia. Au cours de ses études secondaires, au lycée Bolesaw Chrobry à Gniezno (près de Poznan, en Pologne occidentale), il adhère à l'Organisation de la jeunesse lycéenne (TTZ) et désire ardemment prendre part à la construction de son pays enfin renaissant.

Titulaire du baccalauréat en 1923, Kazimierz Szajdek entre à l'université de Poznan, il en sort en 1927 diplômé de Droit et d'Economie. Il effectue alors son service militaire qu'il termine en 1928 comme sous-officier à Zambrów.

En 1930 il exerce les fonctions de juge de Paix au Tribunal municipal de Znin. Membre de l'Association de la Jeunesse Démocratique (ZET) à Poznan, il en dirige entre 1934 et 1936, la première université ouvrière appelée Institut de l'Education et de la Culture. Il quitte ensuite la carrière juridique et devient employé dans une brasserie à Tychy (Silésie).

C'est là que le surprend l'invasion allemande du 1er septembre 1939 et la déclaration de guerre, le 3. Il est mobilisé dans l'armée polonaise. Après la défaite de l'armée polonaise, il parvient à échapper à la captivité en passant en Hongrie puis en Suisse, pour rejoindre en France le camp Tadeusz Kociuszko des Forces Armées Polonaises à Coëtquidan (Morbihan). Dans ce grand camp d'instruction et d'artillerie, l'armée polonaise se reconstitue à partir de la mi-septembre 1939. Il devient le centre où s'organisent les divisions polonaises, qui ont ensuite lutté dans les rangs de toutes les forces armées en occident.

Après la défaite française de juin 1940, comme le camp est liquidé par le gouvernement de Vichy, K. Szajdek se rend dans le Midi de la France, d'abord à Toulouse, puis Alès, Rosières, le Martinet et Argenton-sur-Creuse. Il donne des cours de langue polonaise aux enfants d'anciens émigrés polonais agriculteurs et ouvriers des mines. Le 7 mars 1941, il est officiellement démobilisé. C'est alors qu'il s'installe à Saint-Etienne, étant nommé chef de la Résistance Polonaise (le POWN : Polska Organizacja Walkio Niepodleglosc - Organisation Polonaise de Lutte pour l'Indépendance) pour les départements de la Loire et Haute-Loire auprès des Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) dans la lutte contre l'occupation allemande, tout en assumant les fonctions de secrétaire de l'Union Centrale des Polonais.

L'itinéraire de Roman Nowazyk (1922-2005)

Roman Nowazyk est né le 30 juin 1922 à Essen-Barbeck (Allemagne). Venu en France à une date indéterminée il s'embaucha comme ouvrier dans les mines de Roche-la-Molière.

Il a 18 ans en 1940 lorsqu'il décide de répondre à l'appel du général de Gaulle et, par ses propres moyens, rejoint la Grande-Bretagne en passant par l'Espagne. Engagé dans les SAS (Blindés) il fait toutes les campagnes des Forces Françaises Libres. C'est l'Afrique du nord, l'Italie, la France et l'Allemagne. Rentré en France à la fin de la guerre, il reprend son métier de mineur.

Décédé à Roche-la-Molière le 17 février 2005, Roman Nowazyk était titulaire du Rubbon for War Medal britannique, de la Croix de Guerre Italienne et de la Croix Française du Combattant.

N.b. informations collectées à partir de l'Etat civil de la ville de Firminy (acte de décès n°7 du 18 février 2005), du témoignage de M. Sommacal, président de la Fédération de la Loire de l'ARAC (19 février 2005) et du Foreign & Commonwealth Office, Honours secretariat référence TXM 395/005 en date du 18 décembre 2000.

L'itinéraire de Juliana Goral

Julianna est née le 22 mars 1909 à Ostrinka en Pologne au sein d'une famille nombreuse de cinq enfants. Peu fortunée, elle part seule, sans ses parents, à l'âge de vingt ans, travailler en France en qualité de femme de ménage. Installée en Indre-et-Loire puis à Lyon, elle rencontre son mari Valentin Goral qu'elle épouse le 19 décembre 1935. Mineur, Valentin emménage avec Julianna à Saint-Etienne en 1939. Appréciée de ses anciens employeurs, elle trouve sans difficulté un travail chez un notaire stéphanois rue Victor Hugo. Adhérente au Parti communiste, elle milite aux côtés de nombreux de ses compatriotes dans la Résistance.

L'attaque allemande de la Pologne et l'invasion de la France par l'Allemagne nazie l'amènent très rapidement à opter pour un engagement résistant. Pour Julianna et son mari, défendre la France répondait à un devoir. Nous sommes en France, nous mangeons du pain ici, notre terre est maintenant ici, nous sommes presque chez nous. Alors notre devoir est de défendre la France, c'est le pays ou nous vivons. Le premier contact avec la Résistance s'établit dès 1940. C'est à cette époque que Julianna et son mari sont sollicités par un responsable polonais de l'organisation MOI : Petroïski (pseudo "Maurice"). Dès l'automne 1940 Julianna abrite chez elle, rue du Coin à Saint-Etienne, une ronéo qui lui permet d'imprimer contre l'envahisseur. Elle distribue des tracts en ville. Rapidement, le groupe auquel elle appartient se structure autour de trois responsables : son mari Valentin Goral (pseudo "David"), Petroïski et un italien Barthélémi. Sous le pseudo de "Madeleine", Julianna fait office d'agent de liaison. Elle agit sur trois départements : Loire-Rhône-Allier. À ses côtés, quatre autres femmes polonaises résistent elles aussi. Ses déplacements l'amènent à Vaulx-en-Velin, Lyon et Villeurbanne. C'est au retour de l'un d'eux qu'elle réalise un acte intrépide : elle dérobe une mitraillette à un militaire allemand qui s'était assoupi dans un compartiment du train. De retour chez elle, son mari et Petroïski l'attendaient. A la vue de l'arme ce dernier lui reprocha d'avoir pris un risque inconsidéré ne correspondant à aucun ordre.

Des risques, Madeleine en prit de nombreux autres quand elle dut récupérer des bâtons de dynamite et des détonateurs pour explosif. Elle ne sera pas inquiétée jusqu'au 18 décembre1942. A cette date, son mari est arrêté au Chambon-Feugerolles. Le soir même, la maison de Julianna est encerclée par la Milice. Menottée, elle est conduite au commissariat central de Saint-Etienne où elle est incarcérée, interrogée et brutalisée: Ils me prirent les cheveux et me frappèrent la tête contre les murs. Je leur criais d'arrêter car j'étais enceinte de quatre mois. Ils poursuivirent, me déshabillèrent et m'attachèrent à une chaise puis me tapèrent le ventre. À mes protestations, ils répliquèrent par de nouveaux coups et prononcèrent cette phrase odieuse "Espèce de vache, tu vas faire ton veau ici". Au terme de l'interrogatoire Julianne est internée à la maison d'arrêt de Bellevue où elle fait une fausse couche. Le 22 mai 1943, alors qu'elle n'a toujours pas été jugée, elle est transférée à la prison Saint-Joseph de Lyon. En juillet, elle est amenée à Romainville, elle quitte ce camp de transit pour arriver le 1er août en Allemagne. Déportée au camp de concentration de Ravensbrück, elle connaît ensuite celui d'Auschwitz puis les mines de sel de Bendorf et de Neuengamme. Après de multiples souffrances, Julianna Goral est revenue en France le 14 juillet 1945. Son mari Valentin Goral n'est pas rentré de déportation. Quelques mois après sa libération, Julianna a obtenu la nationalité française.

Pour conclure

En 1945, une génération est passée depuis que le grand mouvement de migration polonaise vers la France avait commencé. Une génération durant laquelle les arrivants se sont installés, se sont mariés, ont eu des enfants. Peut-être cette génération n'avait-elle pas imaginé qu'elle allait rester et "faire souche". Il est probable que l'enchaînement des événements : la crise mais surtout la guerre, l'occupation des deux pays par l'Allemagne, l'installation d'un régime communiste en Pologne après 1946 a contribué à fixer sur place cette population qui désormais se sent tout à fait française.

Quel bilan peut-on tirer de cette migration ?

En 1946 elle apparaît à mi-chemin entre l'intégration plutôt réussie des Italiens ou des Espagnols et la mise à l'écart systématique dont les Nord-Africains sont l'objet. Une situation intermédiaire qui peut-être découle de la barrière linguistique, d'un sentiment nationaliste très fort, d'une religiosité plus extravertie. L'isolement géographique de certains groupes de Polonais dans les cités minières (Beaulieu) a également pu jouer. Malgré tout, l'intégration semble en bonne voie pour la seconde génération grâce à la fréquentation commune de l'école, grâce à la vie professionnelle, grâce aux activités post-professionnelles qu'ils partagent de plus en plus avec les Français.

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