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Histoire(s) stéphanoise(s)

Le tunnel du puits des Flaches lors du bombardement du 26 mai 1944

Le puits des Flaches, extrait de "Forez-Auvergne-Vivarais", 1911, n°114 p.11 : photographie.

Témoignages souvenirs

Trois Stéphanois se rappellent du bombardement du 26 mai 1944, pendant lequel les élèves du Soleil trouvèrent refuge au tunnel des Flaches, aujourd'hui détruit.
Elise Laplace, institutrice à partir des années 1940 à Saint-Etienne et dans les alentours.
Hervin Dudziak, né en 1935 à Saint-Etienne dans le quartier du Soleil.
Jean-Baptiste Prades, habitant du Soleil, il avait 5 ans lors du bombardement, il est décédé en mai 2018.

ELISE LAPLACE

Le tunnel du Puits des Flaches ?
Quésaco?

Si vous demandez à des Stéphanois s'ils connaissent le tunnel du puits des Flaches, sauf au Soleil, 99 % d'entre eux feront une réponse négative. Pourtant parmi eux, les plus âgés, ont vécu l'évènement qui a fait de celui ci un véritable héros.
Moi-même, qui ai vécu dans les caves de mon école -l'EPS-, le bombardement du 26 mai 1944 et les jours endeuillés qui l'ont suivi, ce n'est que bien plus tard que j'en ai entendu parler, par le récit d'un ancien du Soleil.
Il permettait le transport des produits de la mine entre la rue Tiblier Verne et le caveau de la mine.
Ce jour- là lorsque les sirènes hurlèrent à 10 heures, des maîtres de l'école voisine y conduisirent leurs élèves, leur sauvant sans doute la vie car l'école fut complètement détruite par les bombes des forteresses volantes américaines.
Le puits des Flaches ayant plus tard été détruit, il ne reste rien du tunnel. Seul un terrain en friche subsiste, fermé par un grillage, rue Tiblier Verne, témoin de l'emplacement d'un puits. Aucun signe de ce passé. Dommage!
Un signe commémoratif serait le bienvenu! Consultez aux archives l'histoire en images avec P-Ghase (les cartes ne sont plus en ligne).

HERVIN DUDZIAK

Je m'appelle Hervin DUDZIAK, né en 1935 à Saint-Étienne quartier du Soleil où j'ai vécu jusqu'à 21 ans. En 1948 j'étais à l'école primaire du quartier dans la classe de M. CHATELARD. J'habitais au 71, rue du Soleil (devenue rue Louis Soulié), dans la cité des Polonais, lieu de ma naissance. Mon père était mineur de fond ainsi que mes deux grands-pères.
J'ai connu l'école primaire des Bains-douches du Soleil située à côté de ma cité, puis les 3 baraques en bois de la rue du Monteil avec les poêles à sciure, la cour de récré, le préau et les cabinets à droite à l'entrée!
Dans notre classe nous étions 16 élèves, 11 Français, 3 Polonais, 1 Italien et 1 Espagnol, tous parfaitement assimilés. Je croyais être Français, mais en réalité, officiellement, j'étais Polonais. Ce n'est qu'à l'âge de 17 ans que je le suis devenu par suite d'une démarche de mes parents qui ont demandé à ce que je devienne français par assimilation.
J'adorais mon instituteur, j'étais un peu son leader, j'ai toujours eu un souvenir vivace de lui, de ses méthodes d'enseignement, de l'amour qu'il exprimait à l'encontre de ses élèves. Je possède une photo de ma classe SOUVENIR SCOLAIRE année 1948. J'ai appris que trois de mes camarades sont décédés de maladie, Cichon très bon coureur de cross, Simon Paluszak ami d'enfance, Di Ramio le mystique!
J'ai vécu le terrible bombardement du 26 mai 1944, j'avais alors 9 ans, j'étais à l'école primaire du Soleil. Dans ma classe après l'alerte, nous sommes partis nous réfugier dans le tunnel des Flaches (gabarit SNCF 300 à 400m de long). Arrivés au-dessus du ravin qui surplombait l'entrée du tunnel nous faisons une pause en scrutant le ciel bleu, aucun nuage, le soleil de mai brillait en cette fin de matinée.
Soudain, à haute altitude nous avons aperçu des avions qui scintillaient au soleil. Les instituteurs nous ont donné l'ordre de gagner rapidement le tunnel. Après quelques hésitations, incontrôlable, je me suis enfui pour rejoindre ma famille à la cité des Polonais.
Très vite dans ma fuite j'ai été intercepté par un policier qui devait lui aussi se réfugier au tunnel, le commissariat du Soleil se trouvait à proximité. Les premières bombes commençaient à assombrir le ciel, la poussière de charbon restait en suspension dans l'air, on allait vers la nuit! Plaqués au sol avec le policier nous sommes restés ainsi jusqu'à la fin de la première vague. Sitôt la fin de cette apocalypse, le policier m'a ramené au tunnel pour rejoindre ma classe. Deux autres vagues de bombardement ont continué à éventrer mon quartier en assombrissant encore plus le ciel.
Plus tard en revenant sur les lieux où m'a plaqué au sol le policier, j'ai constaté qu'à cet emplacement se trouvaient 3 énormes trous de bombes! Ce policier m'a sauvé la vie.
Réfugié dans le milieu du tunnel nous avons attendu la fin du bombardement. Nous sommes sortis du tunnel côté plaine Achille pour aller vers la rue Ferdinand où se trouvait une institution religieuse pouvant nous accueillir, nous donner à manger, à boire, et nous réconforter. Du tunnel à la rue Ferdinand nous avons croisé de nombreux cadavres mélangés avec de la terre noire. Nous sommes passés sous le pont métallique de la SNCF écroulé et jonché de gravats, des tuyaux déchiquetés crachaient de l'eau créant une boue noire.
Ces sinistres images resteront gravées dans ma mémoire pour toujours.
Mes parents m'ont retrouvé à la tombée de la nuit chez des sœurs où l'on soignait aussi de nombreuses victimes lourdement blessées.
Pendant de nombreux mois au moindre bruit d'avions je me réfugiais sous une table ou un lit. Cette réaction instinctive était incontrôlable. Ce n'est que vers 13 ans que j'ai commencé à maîtriser cet état.

JEAN-BAPTISTE PRADES

Près du tunnel et sous le tunnel

J'ai subi le bombardement du Soleil. J'habitais rue Jean Baptiste Dumay, actuellement 55 rue Tiblier Verne. Nous étions dans le couloir d'un immeuble sur cour. Il y avait là ma mère, mes deux sœurs, trois voisines et moi même. J'avais 5 ans.
Je me souviens très bien du fracas des bombes, des murs du couloir de l'immeuble qui tremblaient et de ma mère qui m'appliquait un mouchoir mouillé sur le nez pour m'éviter de respirer la poussière. Je me souviens vaguement des molletières de la personne qui m'a sorti de là car dans ma position je ne voyais que ses jambes. Nous sommes partis par la rue Tiblier-Verne jusqu'au tunnel des Flaches où nous sommes restés jusqu'au moment où nous avons vu mon père qui nous cherchait.
Je me souviens que dans ce tunnel il y avait beaucoup de monde, notamment un vieux monsieur la tête en sang appuyé sur sa canne.
Voilà mes souvenirs : je n'avais que cinq ans.

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