Accueil > Histoire(s) stéphanoise(s) > Tranches d'histoire > Histoire de la ville et de son administration > Saint-Étienne, toute une histoire !

Histoire(s) stéphanoise(s)

Saint-Étienne, toute une histoire !

Carte postale de l'Hôtel de ville de Saint-Étienne en 1911

Écrire l'histoire d'une ville relève souvent du défi, la publier sur un site internet encore davantage.

Le présent article ne peut avoir l'ambition d'une publication retraçant la complexe mais passionnante histoire de Saint-Étienne. Il a simplement pour objectif d'apporter un certain nombre de repères historiques pour celui ou celle recherchant des éléments généraux.

Si vous souhaitez approfondir certains sujets (biographies, lieux, histoire sociale, etc.), nous vous invitons à consulter nos riches tranches d'histoires.
Vous ne trouvez pas votre bonheur ou vous constatez des lacunes dans nos articles ? Aidez-nous à écrire le récit stéphanois en contribuant à cette encyclopédie !

Ouvrages généraux sur l'histoire de Saint-Étienne :

  • FOURNIAL (Étienne) sous la direction de, Saint-Étienne, histoire de la ville et de ses habitants, Roanne, Horvath, 1976.
  • MERLEY (Jean) sous la direction de, Histoire de Saint-Étienne, Toulouse, Privat, 1990.
  • Genèse d'une ville, Saint-Étienne, histoire et perspectives du pays stéphanois (collectif), TV and Co communication, 2001.

Les origines

Lettrine allégorique du terrier Paulat, plus vieux document conservé, 1515, MS 23

La première mention de la paroisse de Saint-Étienne Sanctus Stephanus de Furano, figure dans la "Pancharte du droit de cire et d'encens dû à l'église de Lyon", document du XIème siècle, seulement connu par une copie du XVIème siècle. Le premier acte authentique faisant allusion à l'existence d'une église dédiée à Saint-Étienne ecclesia Santi Stephani Affurans est le pouillé (état des bénéfices) du diocèse de Lyon dressé en 1225.

La paroisse est expressément mentionnée dans une charte de 1258 conservée aux Archives départementales de la Loire. Par cet acte, Jean de Saint-Paul-en-Jarez vend au prieur de Saint-Rambert la viguerie qu'il possède dans diverses paroisses dont celle de Saint-Étienne Sancti Stephani de Furans.

Les origines de la ville restent obscures. L'église de Saint-Étienne fut probablement fondée au Xème ou XIème siècle dans un village appelé Furan du même nom que la rivière auprès de laquelle il était établi.

Aux XIIIème et XIVème siècles, Saint-Étienne n'était qu'un village bâti au pied d'une éminence appelée aujourd'hui montagne ou colline Sainte-Barbe, le long du Furan. On pouvait y voir une église construite vraisemblablement à l'emplacement actuel de la "Grand'Eglise", un hôpital, un château ou maison forte servant de "résidence secondaire" aux seigneurs de Saint-Priest, vassaux du comte de Forez.

Au XVème siècle, cette petite bourgade connaît un certain essor. Le 28 décembre 1410, la communauté des habitants de Saint-Étienne achète un vaste terrain s'étendant entre le village et le Furan : le Pré de la Foire (aujourd'hui place du Peuple) pour y tenir marchés et foires, pour servir aux réjouissances publiques et pour entreposer bois et matériaux de construction. Vers 1436-1440, la ville, pour se protéger des Écorcheurs, s'entoure de murailles, percées de deux portes : la porte de Furan à l'est et la porte de Roannelle à l'ouest. Dans le dernier tiers du XVème siècle, Saint-Étienne qui était restée jusqu'alors à l'écart de grands itinéraires médiévaux sort de son isolement. Les routes de Lyon au Puy, de Saint-Chamond à Saint-Rambert passent désormais par Saint-Étienne.

Vers 1460, la ville est constituée pour l'essentiel par le bourg, enfermé à l'intérieur de l'enceinte bâtie quelque vingt ans plus tôt. Ce bourg s'articule autour de deux rues parallèles, grossièrement orientées d'ouest en est :

  • la Grande rue publique (aujourd'hui rue de la Ville)
  • la rue du Marché (aujourd'hui rue Grenette) qui abrite le quartier marchand

Hors de l'enceinte fortifiée, deux secteurs portent quelques constructions. A l'est, le Pré de la Foire, peu construit ; à l'ouest, un faubourg s'esquisse sur le côté nord de la rue Roannel (aujourd'hui avenue du Président Emile Loubet).

Au cours du XVIème siècle, les quartiers extérieurs au bourg ont tendance à se développer. Le Furan est largement franchi : le faubourg d'Outrefuran à l'est se construit (actuellement quartier Saint-Jacques). Vers 1580, les faubourgs comptent plus d'habitants que le bourg lui-même ainsi qu'on peut le constater par le tableau suivant :

 

DATE

 

POPULATION

% de la population vivant dans l'enceinte

 

% de la population vivant hors les murs

 

exprimée en nombre de feux (1)

 

Faubourg Est

Outrefuran

Faubourg Ouest

Roanel

1460 (Terrier Vitalis)

300

90,00 %

3,33 %

6,66 %

1515 (Terrier Paulat)

589

49,06 %

32,42 %

18,50 %

1580 (Terrier Cellion)

880

29,65 %

27,50 %

42,84 %



(1) Le feu est le ménage composé en principe du père, de la mère et de leurs enfants vivants auxquels peuvent s'ajouter d'autres personnes : aïeuls, frères et soeurs, apprentis, etc.
Il est difficile d'évaluer le nombre de personnes qu'il peut représenter, car la composition du feu varie selon les lieux, les époques, les milieux sociaux. Si on tient absolument à avoir une idée du chiffre de la population de Saint-Étienne, on peut multiplier le nombre de feux par trois ou quatre qui semble être un coefficient moyen en France.

Cet essor de Saint-Étienne est dû à l'apparition et au développement d'activités économiques nouvelles qui tendent à prendre la place des activités traditionnelles qui étaient celles de la bourgade jusqu'au XVIème siècle (moulins à farine, moulins à foulonner les draps, tanneries, carrières de grès pour la construction). Ces nouveaux secteurs de l'économie sont essentiellement la rubanerie, pour la construction, la fabrication des armes, l'extraction du charbon, mais toujours liés à l'utilisation du Furan comme force motrice.

Avec cet essor économique, les habitants de Saint-Étienne prennent conscience qu'ils forment une communauté et disputent à leur seigneur, seigneur de Saint-Priest, le droit de s'administrer à l'image d'autres localités du Forez.

Les Stéphanois ont sans doute obtenu le droit de désigner des représentants ou consuls pour s'occuper de leurs affaires communes, quelque temps avant la transaction du 17 décembre 1534 avec leur seigneur. Ils obtiennent de désigner chaque année des consuls chargés de la garde de la cité et de la police des marchés et de la ville. Le seigneur conserve l'exercice de ses prérogatives de police et de justice mais doit établir des officiers en ville.

Cette transaction donne aux Stéphanois une certaine maîtrise dans la "politique de la ville" mais elle ne leur a pas conféré l'autonomie. Par cet acte, le seigneur reconnait cependant de jure l'existence d'une ville dans son domaine.

Il est fait mention en 1582 d'une Maison de Ville, sans doute de construction récente, édifiée près de l'emplacement où, avant 1513, se dressait le vieil hôpital, près de la Grand'Eglise.

Le développement de la ville (1700-1800)

Plan de la place Chavanelle, 1766, terrier de Saint-Priest, MS 2.

Seconde agglomération de la Généralité du Lyonnais, Saint-Étienne souffre du voisinage de Lyon et aussi de Montbrison qui reste la capitale historique du Forez. C'est une petite ville dont l'industrie se développe : extraction de la houille, travail des métaux, tissage de la soie.

Saint-Étienne connaît un accroissement démographique certain au cours des XVIIème et XVIIIème siècles si l'on se reporte aux évaluations de population données par les intendants de Lyon et aux registres paroissiaux.

 

 1697  14.000 habitants environ
 1762        18.000 habitants environ
 1771-1780         27 496 habitants
 1790         28 140 habitants

      

Le noyau principal de l'agglomération reste la colline Sainte-Barbe où se dresse la Grand'Eglise et le "château", siège de la juridiction locale. L'Hôtel de Ville, près de la Grand'Eglise, est fort délabré dès le milieu du XVIIIème siècle ainsi que l'attestent de nombreuses délibérations.

Le lieu le plus animé est la place Grenette sur laquelle se tient le marché aux grains.

A l'ouest, le bourg de Roannel est un quartier d'habitation bourgeoise, avec une rue principale, très commerçante. Au delà se développe le quartier de Montaud constitué par deux rues récemment ouvertes : rue Tarentaize et rue Polignais. C'est le quartier des serruriers et plus généralement des ouvriers du fer.

A l'est, le Pré de la Foire a été agrandi vers 1720 par la couverture du Furan. C'est le quartier où résident les notables de la ville, où s'ouvrent les cafés et la meilleure auberge de la ville.

Sur la place s'élève une grande croix (depuis 1595 et restaurée en 1711) et la seule fontaine de la ville (construite en 1608). Il s'y tient de nombreux marchés. Au delà se développe le quartier d'Outre-Furan.

En effet, c'est la seule direction possible pour l'extension de la ville. Dans la première moitié du XVIIe, le développement urbain est bloqué en particulier au nord, par l'établissement de nombreux couvents (Minimes, Dominicaines de Sainte-Catherine, Capucins, Visitandines, Ursulines).

Ce quartier de la rive droite du Furan est à la fois résidentiel et commerçant. C'est aussi le quartier des armuriers et des graveurs sur armes.

Il abrite le nouvel hôpital (1645) et la Charité (1694). En 1669 on y construit une deuxième église, sous le vocable de Notre-Dame, qui deviendra la deuxième paroisse de la ville en 1754.

C'est encore là qu'est édifié un magasin d'armes pour le Roi qui devient en 1764 la "Manufacture Royale" au bord de la place Chavanelle, où se tenait le marché au bétail et au bois.

L'originalité de Saint-Étienne tient à son activité artisanale très importante. Le charbon qui est extrait est largement utilisé pour les usages domestiques, mais alimente aussi les forges locales, bien que la métallurgie stéphanoise soit bien plus liée à la force motrice de l'eau du Furan et de ses affluents. L'artisanat du fer (quincaillerie ou "clincaille", armurerie) et la rubanerie de soie sont les principales ressources de la ville.

Mais Saint-Étienne, en bordure du Massif Central, est très mal relié au reste de la France. Il faut nécessairement passer par Lyon pour atteindre les pays méditerranéens et par Roanne pour atteindre l'axe ligérien.

Sous l'Ancien Régime, Saint-Étienne dépend largement d'institutions (dont fiscalité-justice) qui lui sont extérieures, installées à Lyon ou à Montbrison : Généralité, Bureau des Finances, lieutenance de Maréchaussée, Sénéchaussée dont le siège fut l'objet d'un long conflit entre Saint-Étienne et Montbrison.

Localement, la ville avait acquis au XVIème siècle une certaine autonomie dans la gestion de ses affaires mais le Seigneur de Saint-Priest ne se contente pas de l'accord intervenu en 1534 et les abus qu'il commet amène la monarchie à intervenir et à réorganiser la municipalité à plusieurs reprises.

De fait, les pouvoirs du "Corps de Ville" sont restreints et l'activité de la municipalité bien limitée si l'on en juge par les registres de délibérations municipales conservés seulement depuis 1766. Les ressources municipales sont faibles : la seule stable est l'octroi, bien insuffisant.

Le dix-neuvième siècle : l'essor

Projet d'élévation du Palais des cours publics (Bourse du travail) par Léon Lamaizière, 1901, 1 FI BOURSE DU TRAVAIL 228

L'époque révolutionnaire - l'Empire

Saint-Étienne ne vit pas d'événements révolutionnaires d'une intensité particulière. Cependant, la Révolution française en créant les communes permet à la municipalité d'acquérir une certaine autonomie administrative. La ville appartient tout d'abord au département de Rhône-et-Loire, chef-lieu : Lyon. Lyon s'efforce d'entraîner Saint-Étienne dans la révolte contre la Convention durant le printemps et l'été 1793. Pour détacher le Forez de la révolte lyonnaise, la Convention enlève au département de Rhône et Loire les districts de Montbrison, Saint-Étienne et Roanne et crée le département de la Loire en novembre 1793.

En 1795, le chef-lieu du département est fixé à Montbrison.

Durant cette période, Saint-Étienne voit s'accélérer la croissance industrielle amorcée au XVIIIème siècle.

Les guerres incessantes sous la Révolution puis l'Empire développent prodigieusement l'armurerie de guerre.

L'essor de la ville (1815-1860)

En 1815, l'agglomération de Saint-Étienne est constituée par un ensemble de quatre communes : Saint-Étienne proprement dit ; Montaud au nord-ouest ; Outre-Furan au nord-est et enfin Valbenoite au sud-est. Ces trois dernières communes, bien moins peuplées, ont un vaste territoire ; une grande partie de leur superficie est encore en culture. Saint-Étienne au contraire, enserré dans les limites trop étroites, n'a plus de place pour accueillir de nouveaux habitants ou permettre la création de nouvelles usines.

Pour cette raison, Saint-Étienne demande l'annexion de ces communes suburbaines. L'administration au contraire crée de nouvelles communes : Beaubrun, détachée de Montaud en juillet 1842 et La Ricamarie, détachée de Valbenoite en 1843. Il faut attendre la loi du 31 mars 1855 pour que Saint-Étienne et les communes de Montaud, Beaubrun, Valbenoite et Outre-Furan fusionnent. Il devient alors logique que Saint-Étienne, ville la plus peuplée et la plus industrialisée, devienne administrativement le siège de la Préfecture.

Le décret impérial du 25 juillet 1855 établit le siège de la Préfecture du département de la Loire à Saint-Étienne à compter du 1er janvier 1856.

Entre 1815 et 1860, la ville n'a pas cessé de se développer, en liaison avec l'essor économique que connaît la région : essor de la production houillère, démarrage et apogée de la sidérurgie, prospérité de l'armurerie et de la rubanerie, facilitée par la naissance du chemin de fer.
La population s'accroît rapidement ainsi qu'en témoigne le tableau suivant, établi d'après les recensements officiels :

DATES

Saint-Étienne

VALBENOITE

OUTRE-FURAN

MONTAUD

BEAUBRUN

1801

1806

1821

1826

1831

1836

1841

1846

1851

1856

16.259

18.035

19.102

37.031

33.064

41.534

48.554

49.614

56.003

94.432

4186

3588

4344

3650

4433

5652

6701

5504

6040

--------

2417

3105

5863

2567

3118

3675

3860

4859

6770

--------

1480

1342

2235

2435

3750

5257

7193

4344

5726

--------

-----

-----

-----

-----

-----

-----

-----

3647

3650

--------



Cet accroissement de la population est essentiellement dû à une forte immigration de personnes originaires pour la plupart du Velay et du Vivarais.

L'augmentation de la population se traduit par une extension de la ville. Par la confiscation des biens du clergé, la Révolution créa les conditions du développement urbain.

L'architecte-voyer de la ville Dalgabio proposa le lotissement des terrains de l'ancien couvent Sainte-Catherine, permettant à Saint-Étienne de s'étendre sur un axe Nord-Sud, alors que les accroissements antérieurs suivaient une ligne Est-Ouest.

Il fonde ainsi les bases de l'urbanisme d'une ville industrielle moderne. La ville se dote d'un nouvel hôtel de ville construit entre 1822 et 1830, d'un Palais de Justice, d'une Bourse, d'une Condition des Soies, d'une Grand Rue, de nouvelles rues, de places... Ces nouvelles constructions s'accompagnent de travaux d'adduction d'eau, d'assainissement, d'éclairage...

Le Furan est progressivement couvert. Le cours Fauriel est tracé sur le cours du Chavanelet jusqu'au Rond-Point (1856-1865). D'autres bâtiments sont édifiés : une sous-préfecture (1853, devenue Palais des Arts), l'Ecole de dessin (1858), le Théâtre (1853)...

Crise et redressement (1860-1914)

Aux alentours de 1860, l'économie stéphanoise rencontre des difficultés qui vont durer jusqu'en 1890. Au début du siècle, Saint-Étienne avait un avantage certain : elle était à peu près la seule ville de France à avoir un réseau de voies ferrées modernes qui la reliait à l'extérieur (ouverture de la première ligne de chemin de fer en France : Saint-Étienne - Andrézieux-Bouthéon en mai 1827 ; l'ouverture officielle n'aura lieu qu'un an plus tard le 16 octobre 1828). En 1860, ce n'est plus vrai.

D'autre part, le bassin houiller montre ses limites et ne peut faire concurrence à la production du Nord et du Pas-de-Calais. Les difficultés des houillères s'aggravent du fait de nombreuses catastrophes.

La sidérurgie connaît aussi des difficultés en raison des problèmes d'approvisionnement en minerai et de la découverte d'un nouveau procédé qui permet d'utiliser l'abondant fer de Lorraine (procédé Gilchrist 1878). La manifestation la plus spectaculaire de la crise est la faillite en 1889 de la Compagnie des Forges et des Fonderies de Terrenoire.

La rubanerie traverse une grave crise autour des années 1870, due en grande partie à la mévente des articles chers et à la baisse du prix de la soie.

C'est seulement vers la fin du XIXème siècle que se manifeste un certain renouveau. Un effort d'adaptation a été fait.

On abandonne une grande partie des fabrications lourdes au profit de productions plus spécialisées de qualité comme les aciers spéciaux, les rubans façonnés et de velours, mais aussi de fabrications nouvelles comme le cycle et les pièces détachées d'automobile.

De nouvelles industries s'implantent avec des chefs d'entreprises dynamiques.

La Manufacture Française d'Armes (et Cycles, par la suite) est fondée en 1893 par Etienne Mimard et Pierre Blachon. C'est à cette époque que se crée la Société Guichard-Perrachon plus connue sous le nom de magasins du Casino.

L'essor démographique de la ville a suivi l'évolution économique ainsi qu'en témoigne le tableau suivant. On doit noter une stagnation et même une diminution de la population dans la seconde moitié du XIXème siècle suivies d'un renouveau vers 1900.

DATE

POPULATION

DATE

POPULATION

1856

1861

1866

1872

1876

1881

94.432

92.250

96.620

110.814

126.019

123.813

1886

1891

1896

1901

1906

1911

117.875

133.182

135.784

146.559

146.788

148.656


La ville a complété son équipement : Halles (1872), nouvelle gare à Châteaucreux (1886), lycée Fauriel (1890), Préfecture (1894-1900), nouvel hôpital à Bellevue (1895-1900), Bourse du Travail (1901-1903), Nouvelle Condition des Soies (1908)...

Les terrains délaissés de l'ancien hôpital permettent une grande opération d'urbanisme : la percée de l'avenue Président Faure (actuellement avenue de la Libération) en 1905-1907.

1914-1950 : entre prospérité et crise

Le Président de la République Albert Lebrun signant le Livre des morts de la Première Guerre mondiale place Fourneyron, 1933, 5 R ICONO 8

1914-1929 : l'élan de la Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale constitue une opportunité pour Saint-Étienne. Avec la mine, la métallurgie, les industries mécaniques et l'armurerie, Saint-Étienne devient l'arsenal de la France.

Dans le sillage de la Première Guerre mondiale, Saint-Étienne renoue avec le développement économique. Les régions industrielles concurentes du Nord et de l'Est sont dévastées, la reconstruction des zones de front nécessite une importante production. Le développement du cyclotourisme permet à Saint-Étienne de devenir la capitale du cycle.

La seconde vague d'immigration - en provenance d'Europe - se poursuit. Saint-Étienne atteint 165 000 habitants en 1921 et la crise du logement perdure, notamment à cause de l'accaparement du sol par les compagnies minières.

1929-1945 : une crise industrielle

L'économie s'affaiblit à partir de 1927 mais devient particulièrement perceptible à partir de la crise de 1929 : difficultés dans la métallurgie, textile, constructions mécaniques, cycles, armes. Cette crise a des conséquences sur toutes les autres activités.

Les faiblesses structurelles de l'économie locale sont visibles :

  • métallurgie : concurrence du fer et de l'acier lorrain.
  • mine : coûts de productions élevés, qualité moindre, infastructure vieillissante, bassin morcelé.
  • textile : hausse du franc donc baisse des exportations, vague protectionniste, entreprises trop nombreuses et petites avec un coût de production élevé.

Saint-Étienne se paupérise : baisse de la population, chômage important. La vie politique s'ancre à gauche, notamment avec le maire Louis Soulié.
La Seconde Guerre mondiale ne profite pas à Saint-Étienne comme ce fut le cas pour la précédente.

L'après-guerre : le sursaut

Ni la guerre, ni le bombardement de mai 1944 n'ont entamé le potentiel économique. Les Houillères nationalisées participent à la bataille du charbon. Le matériel est modernisé, le bassin concentré. La métallurgie repart en se modernisant et s'oriente vers la production civile. Le textile bénéficie de la demande et du soutien des pouvoirs publics.

Les grèves de 1947 et 1948 sont les derniers épisodes de la ville rouge.

La période de reconstruction d'après-guerre permet, avec le renouvellement du matériel et d'autres facteurs comme par exemple la guerre de Corée, une reprise économique dans les années 1950. Cependant, cette reprise n'a pas de suite et la crise de 1974 touche sévèrement la ville. Les mines de houille ont été nationalisées en 1946 et leur exploitation confiée aux Houillères du Bassin de la Loire. L'effort de rationalisation débouche sur une politique de repli : le nombre des employés des Houillères baisse, entre 1946 et 1979 de 22 500 à 730 ; la production cesse entre 1975 et 1980.

1950 à nos jours : modernisation, crise et reconversions

Parc de l'Europe, 1965, 2 FI ICONO 452

A partir des années 1950, Saint-Étienne se voit confrontée à une double difficulté : un parc immobilier particulièrement médiocre (20 % de taudis, 56 % de logements médiocres) et une forte croissance démographique accompagnée d'un afflux d'une main d'oeuvre issue d'Afrique du Nord. Ainsi, de nombreux grands ensembles sont construits dans les quartiers périphériques à partir des années 1950 (Beaulieu, Marandinière, La Métare, etc.). Saint-Étienne atteint alors son apogée démographique : 220 000 habitants en 1968. Le territoire s'agrandit en 1973 avec l'absorption des communes de Saint-Victor et Terrenoire et l'association avec Rochetaillée.

Les Trente Glorieuses et la société de consommation bénéficient encore à Saint-Étienne, Manufrance en constitue le meilleur exemple. Les conflits coloniaux entretiennent la production d'armes.

A partir des années 1960, Saint-Étienne n'échappe pas à la crise : concentration des entreprises, concurrence du pétrole et du gaz au détriment du charbon, concurrence de l'Asie dans le textile. Le puits Couriot ferme en 1973, Creusot-Loire en 1985, et tout un symbole : Manufrance en 1980. Pourtant, les industries mécaniques subsistent.

La création d'une université, le développement de grandes écoles, l'installation d'une maison de la culture, de la Comédie de Saint-Étienne, dans les années 1960, effacent progressivement l'image traditionnelle de la cité-usine. La ville connaît alors une stabilité politique, plutôt au centre avec les maires de Fraissinette et Durafour.

A partir des années 1970, vient le temps de la désindustrialisation et des reconversions. La friche de Manufrance, plus grande d'Europe, est reconvertie dans les années 1990 et abrite le Centre des congrès, la Chambre de commerce et d'industrie, une partie de l'École des mines, etc. Un exemple emblématique : le musée de la Mine s'installe au Puits Couriot.

La ville, marquée par une tradition industrielle très forte, doit aujourd'hui vivre une mutation économique en profitant d'un environnement technologique favorable avec des leaders mondiaux (industrie de pointe dans l'optique, textile de haute technologie) et des établissements d'enseignement supérieur (École Telecom, École des Mines). La ville, héritière d'une tradition de savoir-faire et du second tissu de PME/PMI de France, compte également sur le design. Elle est ainsi devenue "Ville creative design Unesco", seule ville française.

5 commentaires

  • lise, 1 septembre 2015 à 20h48Répondre
    Qui sont les Ecorcheurs?
  • lise, 1 septembre 2015 à 21h21Répondre
    Très étonnée de n'avoir trouvé aucune mention de la Manufacture Nationale d'armes.
    Je me permets de vous signaler que
    quelque devant 20 ans
    quelque devant temps ne prennent pas de S
    première partie de l'article.
  • Line, 4 novembre 2015 à 8h20Répondre
    Vrai, Lise, pour "quelque vingt ans" il n'y a pas de S ; mais pour "quelques temps", il en faut un. La langue français a une logique bien particulière. Les Écorcheurs sont des mercenaires démobilisés qui désolèrent la France au XVe siècle après le traité d'Arras de 1435. Ils font partie des "Grandes Compagnies" qui rançonnaient la population pendant les périodes où lesdits mercenaires du roi n'étaient pas occupés (et payés) à la guerre.
  • Line, 4 novembre 2015 à 8h22Répondre
    Aïe ! le "e" de langue français(e) a sauté ! Désolée
  • lise, 25 mars 2016 à 16h08Répondre
    Désolée Line,mais quelque temps lorsqu'il signifie un certain temps est au singulier(voir le Lorousse au mot temps).

Espace personnel

© Archives municipales de la ville de Saint-Étienne
Plan du site - Contact - Accessibilité - Crédits

Saint-Etienne ville UNESCO de design Contact