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Marols : 4 novembre-23 décembre 1946

Classe dans les années 1930 (5 Fi 7360).

Elise Laplace, institutrice à Saint-Etienne et dans les alentours, raconte ses débuts dans la profession en 1946.

A ma plus grande joie, arriva un poste d'intérimaire à Marols, petit village de montagne, à 835 m d'altitude, qui comptait 520 habitants. Un logement meublé m'y attendait à l'école de filles. Là, logeaient la directrice de cette école de deux classes et son mari, directeur de l'école de garçons qui comptait une seule classe. Les élèves du cours préparatoire et de la section enfantine constituaient une classe annexée à l'école de filles.

C'est donc cette classe qui me revint. Avec l'expérience acquise, même brièvement, surtout avec le CP de Mâtel, je me sentis rassurée. Tout s'annonçait bien car je trouvai immédiatement une pension. Et tout marcha bien d'ailleurs.

Les enfants étaient adorables. Leur livre de lecture se disait méthode "En riant". Je m'en éloignai assez vite. Je me fiai à la méthode Boescher, elle aussi syllabique, où je trouvais matière aux quatre leçons journalières que comportait la lecture au Cours préparatoire. Je pus souvent y intégrer pour des excercices spécifiques les 3 à 5 ans. Cette section nécessite un gros travail préparatoire de la maîtresse en ce qui concerne le matériel à utiliser. C'est dire que le soir commence une seconde journée pour l'institutrice si on ajoute les cahiers, les tableaux de lecture, la préparation des leçons du lendemain pour tous les cours.
Je pouvais y consacrer tout mon temps puisque je prenais mes repas à l'extérieur. C'est la convivialité qui régnait dans le petit hôtel des Duvert, même si au début, je me sentis gênée par la présence d'un ouvrier agricole qui travaillait à la ferme que possédait la famille Duvert. C'était un Allemand, prisonnier de guerre. Je ne pouvais m'empêcher de penser aux horreurs qui s'étaient passées, même s'il n'était pas un SS. Six millions d'Allemands avaient été adhérents du parti nazi. Un jour, il fut libéré. Il s'en alla un matin, faisant ses derniers adieux sur le chemin : "Adieu patrons, adieu maison".

Les vacances de Noël approchaient. Je me réjouissais de rentrer à la maison. Aucun moyen de transport ne m'avait permis d'y passer un ou deux jours. Brutalement arriva la mauvaise nouvelle : une titulaire était nommée dans le poste. Elle rentrait de Finlande où elle avait été détachée. C'est dire qu'elle n'appréciait pas de quitter une capitale, Helsinki, qu'elle avait choisie, pour ce petit village. Sa mère, Mme Genevrier, institutrice elle aussi, qui l'accompagnait dans sa visite, était inquiète.

Je quittais donc Marols, le coeur lourd, aussi incroyable que cela paraisse avec un rêve de .... Finlande!!!! Georges Duhamel avait écrit : " J'irai au nord, je retournerai en Finlande, c'est le pays aux 100 000 lacs."

J'ai rêvé pendant des années d'aller y faire du ski de fond avec mes fils... Et je me suis contentée de lire " Les gardes rouges de Tampère" de l'écrivain finlandais Väïnö Linna! Et en Ardèche!

Une seule consolation : les vacances de Noël allaient m'être payées!

Elise Laplace

Mars 2016

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