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Saint-Etienne, collège technique de filles : 3 janvier-28 février 1947

Le collège technique de filles en 1954 (2 Fi ICONO 313).

Elise Laplace, institutrice à Saint-Etienne et dans les alentours, raconte ses débuts dans la profession en 1947.

Ce fut une énorme surprise de me voir attribuer ce remplacement d'un professeur de lettres et d'anglais. J'étais un peu inquiète de me trouver à 21 ans, c'est-à-dire mineure, face à des filles d'une quinzaine d'années. Et je fus testée par elles dès le premier jour! C'était un cours d'anglais. Comme j'interrogeais une élève qui essayait de se dissimuler, d'un seul bloc la classe, l'air goguenard, se tourna vers la malheureuse qui se mit à bredouiller. Je me revis en 1938, au début de l'apprentissage de l'anglais. Je faisais un blocage sur le pronom personnel de la première personne du singulier que je n'arrivais pas à prononcer. Je disais n'importe quoi, lorsqu'enfin, après plusieurs cours, je réalisai que c'était l'écriture en anglais du I majuscule. Mais le mal était fait. Telle une idiote, je n'osais plus ouvrir la bouche. C'est seulement l'année suivante qu'un professeur, à la réputation d'être terrible, Mme Guillaume, me sortit de l'ornière. Je décidai sur le champ de faire ma petite Mme Guillaume, en aidant cette élève à surnager. Je commençai à remettre les autres à leur place et à l'encourager.

Finalement, j'obtins une considération qui gagna les autres classes et perdura pendant mon séjour. J'essayai de me rappeler l'attitude de mes anciens professeurs et les détails de certains cours sur l'Ecole Libératrice m'aidèrent grandement pour les leçons de français. Je continuais à me rappeler que j'avais totalement lâché pied, aussi, dans les cours de musique de Mlle Saint-André où je fis du play-back pendant des mois, ne pouvant supporter ma voix. Là aussi il fallut un autre professeur, Madame Pichon, pour émerger. Je n'arrivais pas à solfier, chantant un do sur l'air d'un sol par exemple, sans que Mme Pichon ne manifestât la moindre impatience et n'abandonnât. Et un jour, miracle, j'interprêtai sans faute le morceau donné, récompensée par le sourire de celle que je n'ai jamais oubliée!

Tout aurait été merveilleux jusqu'au dernier jour, si la Directrice ne m'avait fait savoir le 13 mars, alors que je quittai l'établissement le 15, que je devais faire dans une classe le contrôle trimestriel de géographie. Je prévins les élèves en pensant comme elles que c'était un peu cavalier. Elles ne dirent rien, mais le jour dit, rendirent toutes une feuille blanche. Elles me signifièrent que ce n'était pas contre moi. Et, en ce dernier jour de présence dans l'établissement, je remis à la Directrice, pour qu'elle les notât elle-même, les feuilles vierges.

Je n'ai jamais su ce qu'elle avait fait, mais un virage, dans la tenue des élèves, était amorcé. Jamais, quelques années plus tôt, nous n'aurions osé cette attitude, d'autant plus que j'avais choisi ce type de question : " Quel est le plus long fleuve de France ? Citez ses affluents", et laissé au mur, côté ecrit, cette fameuse carte de France obligatoire dans toutes les classes.

Elise Laplace

Mars 2016

1 commentaire

  • Anonyme, 31 mars 2017 à 22h32Répondre
    A l'époque, on l'appelait l'école professionnelle de filles.

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