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Histoire(s) stéphanoise(s)

Employée à la MAS

Cantine de la MAS après la guerre (5 Fi 10 123).

Elise Laplace, institutrice à partir des années 1940 à Saint-Etienne et dans les alentours, raconte ses débuts dans la vie active, en 1944 à la Manufacture d'Armes de Saint-Etienne.

Je n'ai pas eu de remplacement à faire du 1er octobre 1944 au 16 janvier 1945. Les crédits manquaient pour payer les suppléantes. La France sortait exsangue de l'Occupation et n'était pas encore totalement libérée. Elle avait été pillée et avait dû entretenir l'armée allemande. Bien des Français étaient encore absents, prisonniers dans des camps en Allemagne.

Pendant ces trois mois, j'ai travaillé à la Manufacture Nationale d'Armes. J'étais affectée au service des marchés, section des sous-traitants. Pendant quatre ans la "Manu" avait dû travailler pour les Allemands (au ralenti... de par la volonté des ouvriers). Maintenant que l'armée française se reconstituait, il fallait relancer les fabrications et nombre de petites entreprises d'armuriers sollicitaient du travail.

Je n'oubliais pourtant pas l'école, le chef de bureau me demandant parfois de faire pendant le week-end (on disait alors le dimanche) le devoir de français de sa fille! Le chef de service Monsieur Weishaupt me semblait avoir une certaine importance dans l'établissement. Je l'accompagnais parfois à des réunions avec la Direction. J'en étais assez fière.

C'est ainsi que je participai à la préparation de l'arbre de Noël des enfants du personnel. Je n'ai jamais oublié cette lettre bouleversante, venue de Craponne-sur-Arzon. Ses enfants ne pouvant assister à la fête, une mère demandait que rien ne fût remis à son mari, ni jouets, ni papillotes : "il les vendrait pour boire". Je découvrais un autre monde que le mien. J'y pense encore...

Peu de temps après, je quittais la Manu. Peut-être aurais-je mieux fait d'y rester... même si j'ai beaucoup aimé mon métier de "maîtresse d'école" (je tiens au titre). Quand je me retourne sur le passé, je ne peux m'empêcher de dire "garce de vie". "Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent" a dit Victor Hugo. A ce compte là , "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans!" "Vous avez donné, vous" me dit un jour récemment Paul Jalon, de Michelet Sports.


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