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Jarnosse : 27 janvier-3 mars 1945

Ecoliers dans les années 1930-1940 (39 Fi 453).

Elise Laplace, institutrice à Saint-Etienne et dans les alentours, raconte ses débuts dans la profession en 1945.

A mon retour de Chalmazel, je reçus un ordre de service. Une suppléance m'attendait à Jarnosse dans le Roannais. J'ai raconté dans le texte : "Au temps des engelures", les péripéties du voyage qui m'y conduisit. Voici quelle y fut ma vie.

Lorsque je voulus faire ma toilette le lendemain matin, surprise! L'eau était gelée dans le broc??! La chambre n'était pas chauffée et il gelait à pierre fendre. J'avais pourtant l'habitude d'un chauffage réduit. Dès janvier 1941, le charbon avait été rationné bien que nous fussions en pays minier, mais je n'avais jamais vu l'eau geler à l'intérieur, si ce n'est la buée qui dessinait de magnifiques fleurs blanches, opaques, sur les vitres.  On arrivait bien à acheter au marché noir quelques grêlons ou de "la mourre" poussière de charbon imbibée d'eau, à ceux qui connaissaient un coin où une veine affleurait, mais il fallait économiser ce précieux combustible en n'activant pas le feu dans la journée et en l'éteignant le soir venu.

Dans cette chambre inconnue, je pensais à ces froides soirées d'hiver où je travaillais dans la cuisine près du fourneau éteint, une couverture sur les épaules, tandis qu'à côté de moi, ma mère raccommodait ou tricotait de la laine de récupération, enveloppée, elle aussi, dans une couverture. Le lit était certes douillet à Jarnosse mais il manquait la brique en terre cuite qui passait ses journées dans la four de la cuisinière, et que, le soir venu, roulée dans un chiffon de laine, on glissait entre les draps. Le petit déjeuner, même si le café était remplacé par de l'orge grillé, était un luxe inouï avec ses tartines beurrées.

Je me rendais à l'école en évitant soigneusement le cheval de Moricet qui mordait les femmes dès qu'il en avait l'occasion.

C'était un bâtiment où se trouvaient deux classes et deux appartements pour le personnel enseignant. La classe de la maîtresse que je suppléais comprenait le cours préparatoire, le cours, sans contestation possible, le plus difficile à faire, surtout quand lui est adjointe, comme c'était le cas, une section enfantine. Cours difficile mais qui procure la joie immense de voir les enfants s'éveiller à la lecture. Je ne me souviens plus exactement de cette classe, si ce n'est que j'ai eu grandement besoin des conseils de la maîtresse et de Mme Vadon la directrice, et que les enfants étaient adorables. Le soir pour faire ma préparation de classe du lendemain, je me plongeais dans les journaux pédagogiques qu'on me prêtait. La formation théorique que j'avais eue ne me sortait guère d'embarras. Je réalisai que j'allais avoir à me former sur le tas, à appliquer les méthodes des autres avant d'avoir des idées personnelles intelligentes.

Lorsque le temps se radoucit, que neige et glace fondirent, ce qui se fit assez rapidement, Jarnosse n'étant qu'à 370 mètres d'altitude, je parcourus un peu la campagne. C'était un pays de semi-bocage, avec des fermes isolées et de nombreux petits hameaux, favorable à l'élevage. Je compris pourquoi Mr Vivier l'hôtelier était maquignon, situation qui me permit d'avoir ce qui était essentiel à l'époque une assiette bien garnie... et sans ticket de ravitaillement.

Mais il me fallut partir vers d'autres horizons, non sans un dernier souvenir témoin d'une époque. J'avais assisté, le dimanche précédent, dans un village voisin à une kermesse. Gros lot des enveloppes surprises : quelques cigarettes! Fête qui s'était conclue par une pensée pour les prisonniers de guerre avec ce chant :

"Ca reviendra, les petits gars qu'on espère
Embrasseront leurs mères".

Elise Laplace

Août 2015

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