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À la rencontre de Serge et Natalia Tziganov, musiciens russes

Serge et Natalia Tziganov, lors d'une séance de collectage à leur domicile, 2015, crédit CMTRA.

Par Amélie Burnichon, Cassandre Decrand et Mathilde Piper, étudiantes en Master 1 de musicologie à l'université Jean-Monnet.

Billet réalisé à l'occasion du projet Comment sonne la ville ? Musiques migrantes de Saint-Étienne, mené par l'Université Jean-Monnet (CIEREC) et le Centre des musiques traditionnelles Rhône-Alpes, et présenté aux archives municipales dans le cadre de Saint-Étienne cosmopolitaine. Retrouvez le témoignage de Serge et Natalia Tziganov dans l'exposition !

 

Pour accéder au lieu de vie de Serge et Natalia, il faut d'abord traverser l'atelier de peinture de Serge. Des dizaines de toiles et de sculptures de tous les styles emplissent la pièce, un chat est lové dans un confortable fauteuil, plusieurs élèves s'affairent déjà même si, comme ils nous le précisent, la vie de l'atelier s'anime surtout l'après-midi. Dans la cuisine, nous installons tout notre matériel : enregistreur, caméra, appareil photo. L'inteview peut commencer.

Natalia aime beaucoup parler aux gens. Serge est plus réservé mais écoute attentivement la conversation, répond aux propos de Natalia, le tout en effleurant, de temps à autres, les cordes de sa guitare. Natalia présente Serge comme un "aqsaqal" : ce mot, d'origine caucasienne, désigne la personne la plus ancienne et la plus sage du village. Serge est en effet arrivé le premier en France, en 1983, il avait alors une vingtaine d'années. Natalia elle, est arrivée plus récemment, en 2006, pour rejoindre Serge. Ils sont tous deux originaires de Vladimir, une ville de 350 000 habitants à l'est de Moscou où ils se sont rencontrés à l'âge de 17 ans.

Avant de quitter la Russie, Serge a été l'élève d'un peintre reconnu chez Mosfilm, une maison de production cinématographique fondée à Moscou, puis fut engagé comme peintre décorateur à l'Armée Rouge. Arrivé tout d'abord à Paris, il a ensuite rejoint Lyon, où il fut bassiste dans différents groupes de rock. Il s'installa enfin à Saint-Étienne où il fonda l'EDAC, École de dessin académique, au sein de laquelle chaque année, il prépare (avec succès !) ses élèves aux concours d'entrée des écoles d'art.

En Russie, Natalia a commencé sa carrière comme professeur de chant et de direction de chœur à l'université de Vladimir, où elle a fait ses études. Mais la Pérestroïka l'a obligée à changer de métier : elle a travaillé successivement comme metteur en scène, chanteuse de jazz, employée dans la communication puis dans le tourisme. Aujourd'hui, à Saint-Étienne, elle dirige trois chorales, et dispense également des cours particuliers de chant et de piano pour les débutants. Sa passion pour la musique, Natalia l'a découverte toute petite, par l'intermédiaire du piano qui, en Russie, est présent dans chacune des classes maternelles. Quand sa mère venait la chercher à l'école, elle retrouvait toujours Natalia assise au piano en train de jouer. Serge, lui, a commencé la guitare à quinze ans "parce que ça plaisait aux filles".

Ni Serge, si Natalia ne parlaient français à leur arrivée en France. Mais la langue, ils la connaissaient à l'oreille, grâce aux chansons de Piaf, de Brel, de Bécaud ou encore de Joe Dassin, tous très connus en Russie. Pour Natalia, les musiques migrent beaucoup plus facilement que les gens, car elles sont universelles. En France aussi nous apprend-elle, de nombreuses chansons sont adaptées de mélodies populaires russes comme Joli mai d'Yves Montand, ou encore Le Temps du muguet qu'elle nous chante aussitôt, d'abord en russe, puis dans l'adaptation française. Sa voix est pleine, grave, vibrante.

Même si leurs vies professionnelles respectives ne leur en laissent pas beaucoup le temps, Natalia et Serge chantent souvent ensemble, notamment dans le cadre de l'association franco-russe de Saint-Étienne à laquelle ils participent activement. Ils ont créé ensemble différents projets, notamment un conte musical intitulé Le Poisson d'or, à partir d'un texte de Pouchkine et d'une pièce musicale du compositeur d'opéra Rimski-Korsakov. Natalia s'est occupée de la mise en scène, Serge des décors.

Quand nous leur demandons le rapport qu'ils entretiennent avec la musique "classique", Natalia nous répond que le "classique", en musique comme en peinture, représente les bases qu''il est important de maîtriser si on veut être un bon musicien ou un bon peintre. Dès lors, on peut s'en émanciper mais pour Serge (citant Duke Ellington) : "il n'y a pas de grande musique, il en existe seulement deux sortes : la bonne et la mauvaise".

Avec ses chorales, Natalia chante toutes sortes de répertoires. Le répertoire qu'elle transmet à ses choristes comprend des programmes de musique sacrée russe, de la variété française, des arrangements de chants traditionnels russes mais aussi des chansons espagnoles et italiennes. Pour le plus grand plaisir de nos oreilles, Serge et Natalia nous interprètent tous deux un petit panorama du répertoire musical russe, du chant traditionnel à la chanson d'auteur en passant par la musique de film. Un morceau nous émeut particulièrement : Souffrances, une chanson populaire chantée dans les villages russes, qui joue un rôle d'extériorisation des peines de habitants. Chaque couplet est écrit et chanté par l'un d'entre eux, puis intercalé d'un refrain entonné en chœur.

Il est maintenant temps pour nous de prendre congé de Serge et Natalia ; à contre-cœur, nous quittons l'atelier la tête pleine de nouvelles musiques.

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