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Histoire(s) stéphanoise(s)

Les concours de dactylos

Un épisode pourrait toutefois évoquer une initiative destinée à mobiliser des salariés autour d’une action de formation. Il s’agit des concours de dactylos auxquels participent dans les années 1910-1914 des employées de la Manufacture. L’entreprise envoie des candidates à Grenoble en 1911, à Orléans en 1912, à Lyon en 191319 pour prendre part à ces compétitions où sont récompensées les opératrices plus rapides et celles qui font preuve des meilleures qualités rédactionnelles. La MFAC, dont la politique commerciale repose sur la vente par correspondance grâce à son célèbre Tarif-Album, emploie un nombreux personnel, surtout féminin, au service du courrier (trois à huit mille lettres par jour en 1910 pour le seul traitement des commandes) ; et dans le souci de rationnaliser le travail de bureau, l’organisation scientifique de l’administration est mise en œuvre dès avant la Première Guerre mondiale. Les jeunes femmes recrutées pour occuper un poste de dactylo suivent une formation dispensée en interne destinée à leur faire acquérir « la méthode de doigté créée par la Manufacture »20 ; les machines utilisées dans les bureaux étaient en effet équipées du clavier français, et non du clavier américain « azerty », et produites dans les ateliers de la MFAC sous la marque « Typo ». Il devenait de la sorte très difficile pour les employées ainsi formées de changer d’employeur, sauf à apprendre ou réapprendre une autre méthode de frappe ; l’investissement dans la formation devait ainsi servir non les intéressées elles-mêmes, mais la maison, lui permettant de s’attacher ses employées. Dans cette perspective, les concours de dactylos ont une double utilité : démontrer publiquement l’efficacité des méthodes et du travail au sein de la Manufacture ; et promouvoir la « Typo » sur laquelle sont réalisés les exploits des meilleures de ses secrétaires. Etienne Mimard, dans une lettre adressée aux organisateurs du concours de Lyon en 1913, demande d’ailleurs que, sur les diplômes délivrés à « ses » lauréates, soit portée la mention « opérant sur machine Typo », et que la raison sociale exacte de l’entreprise figure sur les documents annonçant le concours et dans les locaux où il se déroule21. De même, lorsque, sur la page du Tarif-Album présentant la machine à écrire, sont indiqués les résultats des concours auxquels la MFAC a participé, ce ne sont pas les mérites des dactylos qui sont vantés, mais ceux de la machine, avec la mention « la typo a obtenu le premier prix de vitesse ». On peut donc aisément en conclure que ce qui prime dans ces circonstances, ce n’est pas avant tout le souci de la formation du personnel, mais le « faire-savoir » cher à Etienne Mimard, c’est-à-dire une stratégie de communication pour faire valoir l’entreprise et ses produits.


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