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Histoire(s) stéphanoise(s)

A bicyclette (1)

Roger Rivière, vainqueur d'une course au vélodrome (5 Fi 8343).

Elise Laplace, institutrice à partir des années 1940 à Saint-Etienne et dans les alentours, raconte son enfance et ses souvenirs liés à la bicyclette.

Si Saint-Etienne a été longtemps la capitale du cycle, malgré le déclin de la fabrication des vélos, j'ai, pendant toute mon enfance, entendu parler de Ravat (cycles Wonder), Automoto, Mercier, Mimard qui employait 700 personnes à la fabrication de son vélo Hirondelle. Hirondelle! Ce fut le nom donné aux agents cyclistes de France et de Navarre, chevauchant dans des pèlerines marine des vélos de la marque "hirondelle".

A côté de ces quatre grands fabricants, s'affairaient une multitude de petits mécaniciens montant des vélos de série ou commandés à l'unité par des particuliers. J'ai connu un cousin Armand Huck rue Henri Barbusse, un voisin Berger rue de la Mulatière à qui mon père commanda mon vélo construit sur ses indications ; Baroumas monta celui de mon père suivant ses exigences. Dans ce monde travaillant pour le vélo, on trouvait aussi des unités produisant des pièces détachées : guidons, pédaliers, pignons, changements de vitesse... distribués dans la France entière et même à l'étranger.

Un homme veilla sur tout ce monde jusqu'à son décès en 1930, vélo à la main, percuté par un tram devant son domicile, en face de la Préfecture : Paul de Vivie, dit Vélocio. Il méritait bien ce surnom car il fut peut-être le premier cyclotouriste et contribua au développement de ce sport.

Ce n'est pas un hasard si un vélodrome fut construit entre la rue Denis Papin et la rue Daguerre. Après la démolition du Vélodrome s'intalla à sa place l'usine CRC remplacée, ensuite par Schlumberger. Actuellement, c'est la faculté qui a pris possession des lieux. Vélodrome d'hiver, c'était un anneau dont la piste ovale en bois présentait des courbes très inclinées dans les quatre virages. Au centre, était une esplanade aménagée pour tous ceux qui gravitaient autour des coureurs. Une haute verrière recouvrait le tout. Il s'y disputait les mêmes courses qu'aujourd'hui dans les vélodromes rescapés : courses individuelles, courses à l'américaine, course derrière derny et surtout "les Six jours". Pendant une semaine par équipe de deux, les coureurs tournaient en se relayant. On les appelait les écureuils. Bien sûr c'était plus calme la nuit, les relais étaient plus longs : il fallait bien dormir!

A quelque épreuve que ce fût, installés dans les gradins ou les loges, les spectateurs donnaient de la voix, applaudissaient. Je me suis toujours étonnée que, défiant les lois de l'équilibre, on puisse rouler ou faire du sur place sur les plans inclinés de la piste, comme je m'étonne encore que les habitants de l'hémisphère Sud debout sur la terre aient le corps dirigé sur le bas (en principe)!

Des vedettes du cyclisme venaient courir mais aucune ne pouvait rivaliser en popularité avec l'idole ligérienne Benoît Faure dit "la Souris". Roger Rivière qui fut recordman de l'heure et se blessa gravement dans une descente du Tour de France ne le remplaça pas dans le coeur des Stéphanois. Il ouvrit un café le "Vigorelli" mais mourut très jeune des suites de son accident et le "Vigorelli" sombra dans l'oubli.

Cette vogue du cyclisme, initié surtout par Vélocio, donna naissance à des clubs de cyclotourisme. Il me reste en mémoire les cyclotouristes de Dormand?, les cyclotouristes foréziens (il me semble). Une amie Odette Olagnier-Laine faisait partie de ceux-ci. J'ai rêvé longtemps d'une sortie faisant partie de leur programme : Pâques en Provence. J'ignorais alors qu'il s'agissait d'une concentration cyclotouristique pour honorer Vélocio, rassemblement qu'il avait lui même créé en 1920. Pâques en Provence resta un joli rêve. Mes parents se seraient opposés, avec juste raison, à ce que j'y participe.

Je n'avais pas la forme suffisante pour parcourir à Pâques plusieurs centaines de kilomètres. Odette et moi nous contentâmes de nous retrouver à Saint-Victor-sur-Loire où ses parents occupaient la petite maison de garde-barrière disparue lors de la construction du barrage, à l'entrée des tunnels.  Par contre je participai une fois à la journée Vélocio de Saint-Etienne.

C'est mon père qui m'avait appris à faire du vélo cours Fauriel. Je devais avoir 6 ans. Je n'étais pas très douée et il a couru des heures derrière moi et mon vélo, un magnifique vélo à col de cygne noir sans roulettes offert par mon parrain (mécanicien sur vélos à Saint-Tropez) et qui a fait mon bonheur pendant des années. Mais c'est à la pré-adolescence que je reçus le vélo qui allait devenir un fidèle compagnon. Mon père l'avait fait construire suivants ses critères. Il avait étudié et expérimenté les conseils chiffrés donnés dans L'Humanité par Antonin Magne, un grand champion s'il en fut. Moyennant quoi, il avait établi tout un programme de sorties, programme que je suivis à ses côtés.

On ne plaisantait pas à l'époque avec l'obéissance. On aurait pu me chanter la chanson d'Yves Montand :

"Elle avait fait en le suivant
Tous les chemins environnants
A bicyclette..."

C'est ainsi qu'en juillet 1943, le dit programme nous emmena à Annemasse. Le trajet se fit en deux étapes : Saint-Etienne-Nantua, Nantua-Annemasse à l'aller ; Annemasse-Lyon, Lyon-Saint -Etienne au retour. A l'aller, dans la côte du Cerdon nous dûmes rouler sur quelques centaines de mètres derrière un camion à gazogène qui n'était avare ni de fumée, ni de chaleur. Je garde néanmoins un souvenir merveilleux de cette sortie faite il y a ...72 ans! "Comme le temps s'en va, d'un pas précipité disait Victor Hugo!" J'étais devenue un fan de vélo mais n'arrivais pas à la cheville de mon père qui, lui, allait à Saint-Tropez en deux étapes : Saint-Etienne- Brignoles, Brignoles- Saint-Tropez. Quelques années plus tard j'ai fait exactement le même chemin avec mes deux petits garçons... mais en 4 CV!

L'entretien des vélos était assuré par mon père. Tous les lundis, il investissait la table de la cuisine et rayon par rayon nettoyait les vélos posés sur la selle. S'il détectait une roue légèrement voilée, il la portait pour la faire recentrer chez le mécanicien. Devinez-vous comment je faisais les révisions avant les examens? Dans ma chambre, assise sur mon vélo!

Mais la vie m'a fait délaisser le vélo. Il y a des urgences à assurer. Restent de beaux souvenirs qui illuminent mes 90 ans.

Elise Laplace

Avril 2015

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