Accueil > Histoire(s) stéphanoise(s) > Tranches d'histoire > Histoire sociale > Mai 68 : le "printemps français"

Histoire(s) stéphanoise(s)

Mai 68 : le "printemps français"

mai_68_contexte_national.jpg

Le "malaise universitaire" 

La réussite de nombreux bacheliers entraîne un début de démocratisation de l'accès à l'université. Elle accueille désormais des étudiants issus des classes moyennes, voire défavorisées. Ils sont 586 000 à s'inscrire à l'université en 1968, contre 215 000 au début de la décennie. Ils seront 625 000 en 1970.

Pour répondre à cet afflux, des universités sont créées (Nanterre en 1964), d'autres sont agrandies. On assiste aussi à la création de collèges littéraires ou scientifiques à Avignon, Brest, Chambéry, Le Mans, Metz, Perpignan, Pau, Saint-Etienne.

Cette relative démocratisation (l'université reste encore très inégalitaire) a d'autres incidences : les "nouveaux" étudiants attendent de leur cursus qu'il leur donne un emploi. Ils dénoncent un enseignement limité à une culture universitaire qui ne les prépare pas au monde du travail. Une inquiétude mieux partagée dans certaines régions qui ne profitent pas tout à fait de la croissance et qui sont confrontées par ailleurs à de profondes restructurations. C'est le cas à Saint-Etienne.

Le fonctionnement de l'université est aussi remis en cause, notamment sa trop grande centralisation et ses enseignements inadaptés que l'on voudrait voir remplacer par une gestion plus démocratique associant professeurs, étudiants et représentants du monde économique. Le manque de locaux et de professeurs sont également au rang des préoccupations exprimées par les étudiants et les enseignants.

Enfin, la création des "campus" sur le modèle américain rejette aux marges des agglomérations toute une population étudiante bercée par de nouveaux idéaux de paix et de fraternité, prête à bousculer un ordre moral fondé sur les idéaux productivistes et les valeurs familiales traditionnelles fustigés par les nombreux artistes (pop music, beat génération...).

Premiers signes d'agitation avec la rentrée universitaire 1967 

La rentrée universitaire 1967 est tendue, elle est même agitée à l'université de Nanterre. Le plan Fouchet (qui doit rentrer en application en octobre 1967) cristallise toutes les attentes déçues des étudiants qui dénoncent le système d'équivalence établi entre l'ancien et le nouveau régime des examens. La grève débute le mois suivant. On assiste à la mise en place de Comités de liaison étudiants - enseignants qui exposent des problèmes pédagogiques (équivalences, nombre de travaux dirigés, examens...) et de représentations au sein des instances universitaires. La grève, malgré son ampleur, échoue même si une minorité perturbe des examens ou interrompt des cours.

La situation des résidences universitaires est l'étape suivante de la contestation. En 1965, le ministre de l'Education nationale accepte le droit de visite des filles chez les garçons. En revanche, l'inverse est impossible et en mars 1967, 150 garçons occupent le bâtiment des filles de la résidence universitaire de Nanterre nécessitant l'intervention des forces de police. Le campus apparaît donc bien comme un lieu d'exclusion et de ségrégation.

La révolte contre les statuts d'internat jugées "médiévaux" s'amplifie au début de 1968 dans les résidences de la région parisienne. Les questions de règlements intérieurs, de la liberté de circulation, condition de la liberté sexuelle, mais aussi de la liberté de réunion politique, sont également attaquées par un mouvement revendicatif spécifiquement "résident" à l'intérieur du syndicalisme étudiant.

Ainsi s'opère la rencontre entre les préoccupations "corporatistes" des étudiants et leur sensibilité aux problèmes internationaux sur le terrain de la défense des libertés. Le 21 mars, l'arrestation de Xavier Langlade, étudiant à l'université de Nanterre et militant trotskiste, accusé d'avoir conduit une action violente conte l'agence de l'American Express à Paris en solidarité au peuple vietnamien, met le feu aux poudres. En effet, elle constitue le déclencheur des évènements qui vont secouer le pays durant plus d'un mois.

La journée du 22 mars marque le début du "printemps français" 

Le lendemain, des étudiants d'inspiration libertaire organisent à la faculté un meeting qui réunit 400 personnes pour soutenir leur camarade. C'est alors que la personnalité de Daniel Cohn-Bendit émerge. Le soir même, le groupe décide d'occuper la faculté et crée le "mouvement du 22 mars". Pendant un mois l'agitation s'amplifie jusqu'à l'évacuation, à la demande du recteur, par la police le 2 mai.

Cette décision est une erreur tactique du pouvoir qui a pour effet de propulser au coeur du quartier Latin les étudiants contestataires du "22 mars". Le 3 mai un meeting se tient dans la grande cour de la Sorbonne. Le recteur effrayé appelle la police qui procède à l'arrestation des étudiants présents. La fermeture de la faculté est décidée.

Des milliers d'étudiants se retrouvent dans la rue et organisent une manifestation spontanée au cri de "libérez nos camarades". Le mouvement ne cesse de faire tache d'huile pendant une semaine. Dans la nuit du 10 au 11 mai, on atteint le sommet de la contestation. Plusieurs dizaines de milliers d'étudiants et lycéens encerclent la Sorbonne. C'est l'affrontement avec les forces de l'ordre (400 blessés).

Au lendemain de cette "nuit des barricades", le Premier ministre Georges Pompidou ordonne l'évacuation de la Sorbonne par la police. La diffusion des images de la violence policière à la télévision suscite un élan de sympathie envers les étudiants. La décision de Pompidou est interprétée comme une faiblesse du pouvoir et démontre que les étudiants avaient raison de se mobiliser avec une telle détermination.

Ils deviennent un exemple pour la jeunesse ouvrière qui s'identifie à leur combat et interpelle les dirigeants syndicaux en critiquant leur trop grande modération. Les confédérations syndicales CGT, CFDT et FEN lancent un mot d'ordre pour une journée de grève générale le 13 mai (1 million de manifestants à Paris). Dans les jours qui suivent la grève se généralise et le 20 mai le pays tout entier est paralysé.


 

Aucun commentaire

Repères chronologiques

22 mars : occupation de la Faculté de Nanterre par les étudiants. Création du "mouvement du 22 mars".

2 mai : fermeture de la Faculté de Nanterre.

3 mai : 300 étudiants d'extrême gauche se réunissent à la Sorbonne, le meeting est interrompu par l'intervention des forces de l'ordre. 1ères émeutes au Quartier latin.

9 mai : appel de la faculté de Strasbourg à former des conseils étudiants.

10-11 mai : "nuit des barricades" au Quartier latin.

13 mai : grève générale et défilé unitaire des étudiants et des syndicats. Occupation de la Sorbonne.

14 mai : 2000 ouvriers de Sud-Aviation (Saint-Nazaire) occupent leur usine et séquestrent leur directeur.

15 mai : grève à l'usine Renault de Cléon. 2500 étudiants occupent le théâtre de l'Odéon à Paris.

20 mai : la grève se généralise, le pays est paralysé.

24 mai : allocution du général de Gaulle qui ne fait que renforcer la détermination des grévistes.

27 mai : les protocoles d'accord de Grenelle sont rejetés par les grévistes. Meeting de Charléty organisé par l'UNEF, avec l'appui du PSU et de la CFDT.

30 mai, 16 h 30 : allocution du général de Gaulle qui annonce la dissolution de l'Assemblée nationale, l'organisation d'un référendum et d'élections législatives. Grande manifestation à Paris pour le soutenir et dans la plupart des grandes villes de province.

4 juin : reprise progressive du travail dans les entreprises.

12 juin : dissolution de sept organisations révolutionnaires.

23-30 juin : l'UDR, le parti gaulliste, obtient la majorité absolue aux élections législatives.

 


Espace personnel

© Archives municipales de la ville de Saint-Étienne
Plan du site - Contact - Accessibilité - Crédits

Saint-Etienne ville UNESCO de design Contact