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Tribulation des archives

Le personnel des Archives à l'hôtel de ville (2 Fi ICONO 1621).

Les Archives de la ville de Saint-Etienne sont installées depuis 1987 dans un bâtiment qui avait été construit à l'origine pour les Archives départementales de la Loire. Mais l'histoire est longue avant cette arrivée au 164 cours Fauriel !

Sous l'Ancien Régime lorsqu'il est question dans les documents des archives de la ville, c'est pour déplorer des disparitions et leur mauvaise conservation. D'ailleurs, en 1486, un acte passé au sujet du Pré de la Foire fait déjà état de " plusieurs titres de franchises et libertés " qui ont été perdus avant la fortification de la ville -soit dans les années 1440- au grand dam de l'administration municipale !

Un coffre

On sait que depuis le début du XVIIème siècle les archives sont conservées dans un coffre à l'hôtel de ville. La maison de ville se trouvait alors au milieu de la Grand'Rue (aujourd'hui rue de la Ville) à quelques pas de l'église Saint-Etienne.

Au XVIIIème siècle l'état de conservation des archives ne s'est pas amélioré et s'y rajoute la vétusté du bâtiment de l'hôtel de ville. Les échevins furent même obligés de se réunir ailleurs " dans la chambre de l'école des pauvres attendu que l'hôtel de ville menace ruines. "

Le 30 octobre 1756, " lesdits sieurs maire et échevins ont encore représenté que faute d'archives dans l'hôtel de ville dudit Saint-Etienne, les titres et pièces concernant la communauté ont passé entre les mains de différents particuliers à moins qu'ils ne s'en trouvent quelques uns dans un coffre... et qu'il serait très nécessaire d'en faire la recherche et de tirer ceux qui pourroint être dans ledit coffre et en faire inventaire pour être remis dans ledit coffre qui seroit transporté dans un dépost assuré autre que ladite maison de ville qui est sur le point d'ébouler... "

Il est donc prévu d'emporter le coffre au bureau de la maison de la Charité, qui se trouvait depuis 1694 rue de Valbenoite, à l'emplacement où elle existe toujours.

Une armoire

En 1767, les échevins décident de faire fabriquer une solide armoire pour conserver les documents: " les sieurs maire et échevins ont également présenté à l'assemblée qu'ils ont fait faire une grande armoire de chaine [chêne] à trois portes, laquelle ils ont fait placer dans la salle où nous sommes pour renfermer les titres de la ville et servir d'archives, que le prix de ladite armoire tant pour la charpente que pour la ferrure est de 170 livres 16 sols. "

Cette armoire, il s'agit de la remplir, en récupérant les documents municipaux qui sont dispersés, il s'agit aussi qu'elle soit bien fermée afin que la sécurité des documents soit assurée. C'est décidé en octobre 1767, lorsque l'assemblée établit en quelque sorte son règlement intérieur :

"(...) 10e. L'assemblée a prié messieurs les officiers municipaux de vouloir bien inviter les citoyens qui auraient des papiers concernant la communauté de les rapporter sur la décharge qui leur sera donnée, lesquels papiers ainsi que des autres titres de la ville, il sera fait un inventaire à la forme prescrite par les édits et seront ensuite renfermés dans les archives.
11e. Les archives seront placées à l'hôtel de ville et seront fermées par trois clefs différentes dont l'une sera entre les mains de monsieur le maire, l'autre en celle du premier échevin et la troisième en celle du secrétaire greffier (...). "

Le premier répertoire d'archives

C'est ainsi que pendant les années 1769-1770 de nombreux documents sont remis aux Archives de la ville. Le 19 février 1769, Marcellin François Neyron apporte les pièces relatives au paiement de Vagniat entrepreneur des réparations aux voùtes du Furan, soit sept documents. Le même jour un ancien échevin apporte deux liasses soit 22 documents. Le 20 mai 1769, les officiers municipaux demandent le retour des pièces relatives à la Manufacture. Le 3 mai 1770, Joseph Praire de Terrenoire, ancien échevin remet environ 300 pièces.

Après cette reconstitution des archives de la ville, " l'inventaire raisonné de tous les titres et les papiers " peut être rédigé. Il est entrepris le 9 janvier 1776 et on y travaille tous les mardis. Il est fini assez rapidement le 30 janvier 1776, ce qui laisse à penser qu'il n'y a pas beaucoup d'archives même si l'inventaire n'est pas très détaillé. Malheureusement, la délibération ne donne pas un état même succinct de cet inventaire et il demeure actuellement introuvable.

Où sont passés les documents ?

Tous les documents de l'administration municipale antérieurs à la Révolution ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Pourquoi cette situation ?

Au début du XIXème siècle, Saint-Etienne s'étant beaucoup développée, on construit un hôtel de ville destiné à marquer la grandeur de la nouvelle ville. Les services municipaux s'y installent en 1830. On a sans doute apporté dans les nouveaux locaux les documents anciens, auxquels s' ajoute la production administrative quotidienne.

Or, il n'y a pas de service d'archives constitué. Les archives font partie des attributions de divers bureaux (comptabilité, élections) et encore s'agit-il de gérer les documents récents. A cette époque la bibliothèque s'installe à l'hôtel de ville et se développe rapidement ; elle y reste jusqu'à l'arrivée, en 1856, des services préfectoraux qui sont logés à la mairie, Saint-Etienne devenant le siège de la préfecture de la Loire.

La Bibliothèque de la ville -comme les autres bibliothèques de l'époque- a une vocation historique, celle d'être un conservatoire des ouvrages et des manuscrits anciens, sources destinées aux études érudites. Les archives n'ont pas encore la mission d'être la mémoire de la ville, elles assurent la gestion administrative. L'organisation municipale du milieu du XIXème siècle est significative de cette conception.

1856 : le premier bureau des archives

A l'occasion d'une des nombreuses réorganisations de l'administration municipale, le 13 décembre 1855, est créé un bureau des Archives, à compter du 1er janvier 1856. François Fontvieille, chef du bureau, reçoit pour mission de classer les archives des communes qui viennent d'être annexées (Beaubrun, Montaud, Outrefuran, et Valbenoite) et de pratiquer des éliminations dans les archives de la ville. Il est seul pour réaliser ce travail, avec un peu d'aide des anciens secrétaires des mairies supprimées.

Le bureau des archives est logé dans une seule pièce longue et étroite au rez-de-chaussée, à côté du bureau des contributions. Les archives de l'état civil sont conservées à part dans une pièce attenant au Bureau de l'état civil et y resteront jusqu'au milieu du XXème siècle. La vocation du service des archives est encore essentiellement administrative.

Le local est bien trop petit mais les projets d'extension ne manquent pas. En 1860, le préfet de la Loire, dans une lettre au maire écrit : " l'on construit en ce moment au-dessus de l'hôtel de ville une coupole qui doit donner à l'édifice un aspect plus monumental et dont l'intérieur est destiné à former le dépôt d'archives. "

Mais il faut attendre 1902 et le déménagement, dans la préfecture nouvellement construite, des services préfectoraux dont les Archives départementales qui occupaient les combles de l'hôtel de ville, pour qu'à l'occasion de la réorganisation globale des bureaux de l'administration municipale, les archives gagnent réellement de la place. Elles occupent alors au niveau du péristyle trois pièces du côté de la rue Gérentet : un bureau et deux salles de dépôt. L'archiviste est alors aidé d'un expéditionnaire.

1933 : encore un incendie

Le 3 septembre 1933 un incendie (le huitième) se déclare à l'hôtel de ville. Il touche le service des Archives, l'office des logements et la fondation Sauzéa.

Les documents ne partent pas en fumée mais les boîtes qui les contiennent ou les reliures sont endommagées... par l'eau destinée à éteindre l'incendie. Coût des dégâts : aux environs de 35 000 francs.

1939 : Le Grand Hôtel

Afin de mettre les archives à l'abri des bombardements, le conseil municipal décide le 31 octobre 1939 de louer une partie du sous-sol du Grand-Hôtel, avenue Félix Faure, pour entreposer provisoirement la majorité des documents. Le reste est stocké dans les caves de l'hôtel de ville. Le provisoire durera jusqu'en 1956 !

En juin 1944, sur injonction des autorités allemandes, le bureau des Archives réintègre l'Hôtel de ville, dans un local du troisième étage, mais la majorité des documents reste dans les caves du Grand Hôtel. Lorsque les Allemands évacuent Saint-Etienne et abandonnent le Grand Hôtel, le service des Archives regagne ses anciens locaux dans cet hôtel.

Seul le bureau de l'archiviste bénéficiait de l'électricité. Pour aller chercher les documents, il fallait se munir d'une lampe torche ! De plus, des infiltrations d'eau s'étaient produites et l'humidité n'est guère favorable au papier !

1956 : retour à l'Hôtel de ville

En mars 1956, l'archiviste François Ménard, aidé de deux employés, réorganise les archives dans les nouveaux locaux qui leur sont affectés à l'hôtel de ville : au rez-de-chaussée, le dépôt et au premier étage, un bureau pour l'archiviste et une salle de lecture. C'est la Porte 133.

Peu à peu, le dépôt s'agrandit dans les inter-étages de la mairie et, en 1981, l'adjonction du bureau 134 permet de créer une salle de classement des documents pour les huit personnes qui composent le service. Malgré les extensions successives, ces locaux deviennent à leur tour trop étroits.

1987 : 164 cours Fauriel

Le 3 novembre 1986, le Conseil municipal décide l'acquisition de notre actuel bâtiment, qui venait d'être libéré par les Archives départementales de la Loire et qui avait été construit pour elles en 1959-60. Sont alors déménagés au 164 cours Fauriel les 2,5 km de documents conservés à l'hôtel de ville.

Un lecteur des Archives à l'hôtel de ville (2 Fi ICONO 1622). Les magasins d'archives à l'hôtel de ville (2 Fi ICONO 1617).

1 commentaire

  • expat archiviste, 8 mars 2016 à 20h04Répondre
    Une histoire des plus intéressantes et si commune aux archives du monde entier : locaux vétustes et obscurs, sujet à l’humidité, etc, etc.….
    Ayant habité dans l’immeuble de la rue Emile Clermont, j’ai vu ces archives se construire de la fenêtre de ma chambre ! Lorsque je jouais avec les voisins aux gendarmes et aux voleurs, souvent, on empruntait un tunnel qui allait des garages en sous-sol de l’immeuble et on débouchait par un énorme portail en bois sur un terrain vague en contre-pied des terrains de tennis, maintenant 164 Cours Fauriel ! On remontait alors l’allée qui longeait le mur de la villa du directeur de l’école des mines, et on se retrouvait vers un bosquet garni de cèdres magnifiques.
    Félicitations pour votre site.

Chronologie  
 

1756 
Les archives sont conservées dans un coffre. 

1767 
Fabrication d'une armoire pour conserver les archives. 

1776 
Publication du 1er inventaire "raisonné de tous les titres et papiers." 

1856 
Création du Bureau des archives. 

1902 
Agrandissement du Bureau des archives. 

1933 
Les archives sont touchées par un incendie. 

1939 
Les archives sont transférées dans les sous-sols du Grand Hôtel pour les mettre à l'abri d'éventuels bombardements. 

1956 
Les archives sont à nouveau conservées à l'hôtel de ville. 

1981 
Agrandissement du Service des archives. 

1987 
Installation des archives au 164 cours Fauriel. 

 


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